La visite de San Basilio de Palenque est un voyage au cœur de l’histoire, de la culture et de la résistance afro-colombienne. Situé au sud-est de Carthagène, ce village inscrit au patrimoine de l’UNESCO est considéré comme le « premier village libre d’Amérique du Sud ».
Suivez notre guide complet pour visiter San Basilio de Palenque : comment organiser la visite depuis Carthagène, avec qui partir pour éviter les mauvaises surprises et notre retour d’expérience sur cette visite qui nous a immergés dans la culture de San Basilio, faite de musique, de danse, de traditions et d’histoires de lutte pour la liberté.
San Basilio est définitivement une des excursions à faire autour de Cartagena et on va essayer de vous donner envie d’y aller !
Bon à savoir
Une visite pas pour tout le monde
Soyons clair, cette visite n’est pas faite pour tout le monde. Première c’est relativement cher car il y a 2h à 3h de route pour y aller. Et dans une visite c’est le transport qui coûte le plus cher. Ensuite, le tourisme à San Basilio est ultra formaté et laisse peu de place à l’échange et l’improvisation. La visite est ponctuée d’étape où l’on vous explique la culture Palenquera. Enfin le tourisme étant devenu l’économie principale du village, tout est fait pour vous soutirer des pourboires. Bref on repart souvent avec un sentiment mitigé. Mais si vous comprenez ces conditions vous pourrez tout de même découvrir un lieu et une culture à part en Colombie.
Sommaire
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Visite guidée de San Basilio de Palenque
Notre retour d’expérience

Nous avons longtemps hésité, cherché, investigué pour savoir comment nous pourrions visiter San Basilio de Palenque de la « meilleure des façons« . On peut même vous dire que nous avons testé une première agence palenquera qui nous paraissait intéressante et qui finalement s’est avéré un très mauvais choix.
Mais cette mauvaise expérience nous a permis de chercher une alternative qui correspondrait un peu plus à notre façon de voyager et à ce que nous aimons partager avec vous.
Visites en groupe
La majorité des tours organisés depuis Carthagène sont des visites en groupe. Il faut dire qu’il y a environ 2h à 3h de trajet (en fonction du traffic), et que le faire en privé revient très cher pour une personne seule ou un couple comme nous. Il faut donc déjà accepter cette condition si on veut visiter San Basilio à un tarif « raisonnable » (Ce tour étant tout de même relativement cher)
Lors de notre visite, nous étions quatre personnes, donc plutôt privilégiés. Nous parlons espagnol, cela nous a permis de pouvoir bien échanger avec notre guide et rendre la visite encore plus intéressante.
Sachez que la langue est plutôt choisie par le guide sur place en fonction de la composition du groupe. Si la majorité de votre groupe parle anglais, la visite se fera en anglais.
Quelle agence choisir ?
Si nous avons choisi l’agence que nous vous recommandons c’est aussi parce que qu’ils pratiquent un tourisme un peu plus responsable. Pourquoi « un peu » ? Parce que la majorité des agences pratiquent un tourisme très peu responsable… et que donc en comparaison notre partenaire limite les dégâts et fait les choses aussi bien qu’ils le peuvent dans le contexte d’un village où il est parfois compliqué de travailler.
Normalement, si le groupe est grand, notre partenaire aura prévu plusieurs guides pour séparer en plus petit groupe et permettre un meilleur échange avec le guide.
Un autre bon point à ajouter à notre partenaire c’est que la majorité de la visite sur place se fait à pied en se baladant dans les ruelles du village (certaines agences font les déplacements en véhicule selon les participants…).
Enfin, notre partenaire assure une rémunération juste à tous les participants à la visite, ce qui n’est pas le cas de toutes les agences, y compris celles du village même.
Mais soyons clair, cela n’empêche pas la visite d’avoir un goût très formaté.
Une visite très formatée
Le van vient vous chercher à votre hôtel, passe chercher les autres participants, et en route vers San Basilio de Palenque ! Il y a donc 2h (ou 3h en fonction du traffic) de transport depuis le centre de Carthagène, pendant lesquelles notre guide nous met déjà dans l’ambiance. Il nous apprend quelques mots en langue palenquera qui nous préparent à notre arrivée.
Une fois arrivés, on se rend bien compte que Palenque est un village où le tourisme est très organisé. Il faut bien sûr comprendre l’importance que l’apport économique du tourisme peut avoir sur une communauté comme celle de San Basilio pour aider à améliorer les conditions de vie.
Nous n’allons pas déflorer tout le contenu de la visite et les informations qui vous seront données, histoire de vous laisser découvrir tout cela par vous-même.
Sachez simplement que la visite est rythmée par différents arrêts qui permettent d’avoir un aperçu général de la culture et de l’histoire palenquera. Chaque étape est millimétrée et parfois prévue pour vous inciter à payer un service additionnel, laisser un pourboire ou acheter un souvenir. C’est le fonctionnement du tourisme à Palenque.




Bon à savoir
Pourboires et services additionnels
Durant la visite vous sentirez vite le malaise de ne pas savoir si vous devez un pourboire à chaque étape, vous verrez que certaines expériences sont prévues pour vous faire payer des services additionnels (par ex. médecine traditionnelle). C’est la réalité d’une visite à San Basilio de Palenque.
Toujours est-il que le tarif de la visite étant relativement élevé c’est une sensation désagréable.
Une des explications à ce phénomène c’est que certaines agences ne payent pas les personnes chez qui sont fait les arrêts durant la visite… ils trouvent donc des moyens d’être payés au pourboire.
Il faut aussi comprendre que le tourisme à San Basilio a été en grande partie pensé pour les touristes afro-américains, pour qui laisser des pourboires est une culture ancrée et largement pratiquée.
Sachez que notre partenaire local inclut le soutien économique à toutes les étapes de la visite et vous pourrez donc être assurés que chaque maillon de la chaîne touristique est correctement rémunéré.
Evidemment, si un projet local attire votre attention pendant la visite et vous « appelle » n’hésitez pas à laisser ce que le coeur vous semblera juste.
Notre retour d’expérience
De notre point de vue, San Basilio de Palenque mérite une visite mais il faut accepter la façon dont le tourisme s’y est développé. Certaines étapes comme les photos avec les Palenqueras ou la visite du médecin traditionnel pourront vous paraître malaisant.
Le tourisme y est très formaté, et, en haute saison, il faudra s’attendre à voir du monde en grande majorité des touristes afro-américains d’ailleurs !
Il ne faut pas s’attendre à plonger dans l’intimité d’une culture ancestrale figée dans le temps. Mais en gardant l’esprit ouvert on apprend tout de même beaucoup de choses sur la culture. Il faut solliciter votre guide, poser des questions, forcer l’échange pour sortir du cadre de la visite.
San Basilio est un village en perpétuelle mutation, sa culture aussi, symbolisée par sa musique qui se modernise et se métisse entre tradition et modernité.
Mais une chose est certaine : Palenque résiste et résistera encore longtemps ! (Mais partez avec notre partenaire local pour vous éviter les mauvaises expériences !)
Culture et tradition
Palenque de San Basilio

Malgré le tourisme on ressent une identité vivante. En parlant de façon informelle avec des habitants, on ressent la fierté d’être palenquero, de vivre dans ce village et d’appartenir à l’histoire ancestrale de San Basilio de Palenque.
Bien sûr le tourisme peut changer l’identité d’un lieu, mais il est aussi possible de faire cohabiter tourisme et préservation d’une identité. Et il nous semble que San Basilio de Palenque fait partie de cette catégorie.
Musique
La musique est une des formes d’expression les plus fortes localement, elle fait partie intégrante de l’histoire ancestrale du village. Les percussions servaient de moyen de communication et rythmaient les cérémonies.
Son de negros, Bullerengue sentao, Lumbalú, Son palenquero, Chalupa, autant de rythmes traditionnels qui seraient nés à San Basilio et se sont répandus à travers la musique caraïbéenne. De nombreux groupes importants sont originaires de San Basilio de Palenque : Le sexteto Tabala, les Alegres ambulancias, Son Palenque, musiciens de Champeta et la nouvelle génération n’est pas en reste avec des groupes groupe Kombilesa-mi qui mêlent musique traditionnelle et hip-hop et mettent en valeur la langue palenquera.





Danse
Avec la musique, la danse. Vous verrez peut-être en vous baladant à Carthagène des groupes de danseurs au Parque Bolivar. Ils dansent des rythmes de tradition afro-colombienne.
De nombreuses danses sont nées dans les palenques de la région caraïbes et à San Basilio de Palenque plusieurs écoles de danse perpétuent la tradition avec en tête le « Mapale », une danse particulièrement spectaculaire, symbole de la réappropriation culturelle des communautés afro-descendante au 20ème siècle.



Coiffure
Durant l’époque de l’esclavage en Colombie, les femmes étaient des messagères et l’on raconte que leur coiffure avait un véritable rôle dans la communication non verbale pour tromper les colons. On peut bien sûr imaginer que l’un des rôles des coiffures était de cacher des objets. Mais il faut savoir que chaque coiffure avait (et a toujours), un nom, une signification et un rôle à jouer, comme par exemple celui de montrer le chemin jusqu’aux Palenques.
Aujourd’hui encore la tradition des coiffures se maintient et il n’est pas rare de voir les coiffeurs de rue œuvrer à la sculpture des cheveux des habitants de San Basilio.
Dans le très intéressant musée patrimonial, dirigé par une « abuela » du village et soutenu par de nombreux jeunes, vous en apprendrez davantage (entre autres) sur cette thématique qui nous a particulièrement intéressés.




Bon à savoir
Les Palenqueras
Vous les avez certainement vues, ou vous les verrez forcément si vous visitez Carthagène, les « Palenqueras » sont des personnages iconiques de la ville, avec leurs robes colorées et leur corbeille de fruits sur la tête. Mais il faut savoir qu’avant de devenir des symboles de Carthagène et de monnayer fièrement leur image contre quelques pesos, les Palenqueras étaient connues depuis l’époque coloniale pour leurs spécialités de sucreries. Elles venaient depuis San Basilio de Palenque (d’où leur nom) pour vendre leurs « dulces » traditionnels fabriqués au village à base de sucre de canne et de fruits tropicaux. Cette tradition gastronomique typique est encore vivante et vous pourrez goûter à ces délices (très) sucrés. dont les fameuses « cocadas »
Médecine traditionnelle
Lors de la visite on passe chez un médecin traditionnel. Malheureusement l’échange est impossible et l’expérience n’est pas à la hauteur.
Reste que la médecine traditionnelle est un des héritages culturels qui ont été mis en avant par l’UNESCO pour inscrire San Basilio de Palenque au patrimoine mondial de l’humanité. La médecine traditionnelle est toujours vivant à San Basilio et cohabite avec la médecine moderne.
C’est une médecine à base de plante, d’infusions et de boissons alcoolisées.
Murales
Voilà peut-être l’une des choses qui nous a le plus marqués de San Basilio de Palenque : les murs racontent l’histoire du village ! Tout y est, en grand et en couleurs : les mythes et légendes palenqueras, les slogans de résistance, la langue créole et les personnages célèbres du village, comme le célèbre boxeur « Kid Pembélé », ou les grands musiciens qui ont fait rayonner Palenque ailleurs.
Ces couleurs donnent vie à un village qui, en soi, n’a aucun intérêt architectural particulier, mais où, grâce aux peintures murales, il est vraiment sympa de se balader. Ce travail de mémoire associé au graffiti est notamment soutenu par notre partenaire local qui participe, avec d’autres collectifs régulièrement à la réalisation de nouvelles œuvres.







Kid Pemelé et la boxe palenquera
Le boxeur Antonio « Kid Pambelé » Cervantes fut le premier champion du monde colombien, tous sports confondus. Il était originaire de San Basilio de Palenque et a laissé un héritage immense dans le village. Non seulement avec son titre, mais en y amenant les services d’eau et d’électricité. On a pu le constater en rentrant dans le gymnase dédié à la pratique de la boxe et en discutant avec les jeunes profs qui forment les champions de demain.



Qu’est-ce qu’un Palenque ?
Visiter San Basilio

Historiquement, dans le contexte colonial de l’Amérique latine et des Caraïbes, un palenque désigne une communauté fortifiée formée par des esclaves africains en fuite (marrons), souvent en alliance avec des populations autochtones ou métis, qui cherchaient à vivre libres hors du contrôle colonial.
Origine du mot
Le terme vient de l’espagnol palenque, qui désignait à l’origine une palissade ou une enceinte faite de pieux (palos) servant à protéger un espace. Dans le contexte colonial, le mot a été appliqué à ces villages fortifiés des marrons possédant des structures défensives : palissades, fossés, pièges, etc.
En Colombie, on les appelait Palenques, au Brésil les Quilombos, ou les Cumbes au Venezuela.
Caractéristiques
Les palenques étaient principalement implantés dans des zones difficiles d’accès : forêts tropicales, montagnes, zones marécageuses, etc.
C’était à la fois une forteresse physique, mais aussi une communauté politique de résistants, symbole d’autonomie et de lutte contre l’esclavage dans les Amériques espagnoles.
On y pratiquait la résistance armée contre l’ordre colonial. On s’y organisait de façon militaire pour repousser les expéditions punitives des colons. On pouvait y retrouver des autogouvernements avec chefs ou conseils, parfois inspirés des systèmes politiques africains.
Le maintien des traditions culturelles africaines (langues, musiques, croyances) tout en intégrant des éléments amérindiens et européens, faisait également partie intégrante de la structure des Palenques.
Qui était Benkos Biohó
San Basilio de Palenque

Benkos Biohó était originaire de l’Afrique de l’Ouest, très probablement de l’archipel des Bijagós dans l’actuelle Guinée-Bissau. Aucune preuve concrète ne confirme un titre royal, mais les sources institutionnelles colombiennes rapportent qu’il se présentait comme tel, et le fait est qu’il sera le leader de la rébellion africaine à Carthagène des indes.
Il est capturé à la fin du 16e siècle lors d’une razzia esclavagiste et vendu à des négriers portugais, puis déporté vers Carthagène des Indes au « Nuevo reino de Granada » alors sous domination espagnole.
Il y sera vendu comme esclave à Alonso del Campo vers 1596.
On possède peu d’informations sur l’époque de son esclavitude où il aurait été employé à ramer sur les bateaux naviguant sur le rio Magdalena.
Palenque de La Matuna (1600–1621)
Quelques années à peine après son arrivée à Carthagène des indes, dès le début du 17e siècle, Benkos Biohó, accompagné d’un groupe d’esclaves marrons, organise une évasion collective pour se réfugier dans les zones marécageuses de la Ciénaga de La Matuna à l’extérieur de la ville.
Les sources sont peu précises sur l’endroit exact, mais deux hypothèses sont évoquées:
- L’une affirme que la Cienaga de la Matuna était aux portes du centre historique actuel
- L’autre situe la Cienaga de la Matuna plus loin de la ville du côté de Tolu.
Même s’il est possible que le premier Palenque de la Matuna ait été construit aux portes de la ville, pour ensuite, après différentes attaques, se déplacer vers le sud, les sources officielles de l’époque attestent plutôt d’une installation première du côté de Tolu.
Toujours est-il que ce palenque devient rapidement une communauté organisée avec une structure quasi monarchique : Benkos y est considéré comme roi, sa femme Wiwa comme reine, et différents postes sont attribués pour l’administration, la guerre, la trésorerie et les affaires religieuses.





Reconnaissance et accord de paix
Les autorités coloniales, incapables de réprimer cette résistance, négocient en 1605 une paix officielle qui reconnaît l’autonomie du Palenque de la Matuna, permet à Benkos Biohó d’entrer armé et habillé « à l’espagnole » dans la ville, à condition que le palenque cesse de recevoir d’autres fugitifs et que Biohó ne soit plus appelé « roi ».
Cet accord est l’un des premiers actes officiels accordant une forme de liberté à une communauté d’anciens esclaves en Amérique.
Mais rapidement les tensions reprennent lorsque les autorités coloniales accusent Benkos Biohó de continuer à soutenir des fuites et à défier le pouvoir espagnol.
En 1619, les Espagnols rompent le traité de paix et capturent Benkos Biohó lors d’un guet-apens après l’avoir appelé à venir négocier à Carthagène. Il sera exécuté, démembré et ses restes seront disséminés et exposés et à travers la ville pour « donner l’exemple ».
Après sa mort, le Palenque de La Matuna ne survit pas, mais il devient un modèle pour d’autres communautés libres qui émergent par la suite dans la région, dont l’actuel San Basilio de Palenque.
Histoire de San Basilio de Palenque
Premier village libre d’Amérique du Sud

San Basilio de Palenque naît donc sous le nom de Palenque de San Miguel Arcángel dans le contexte des palenques survivants des Montes de María dans le dernier tiers du XVIIe siècle, probablement entre 1670 et 1690.
Il émerge sous la vocation d’héritier culturel des palenques précédents, en rassemblant des groupes dispersés de marrons cherchant un lieu durable de résistance.
Domingo Criollo et Pedro Mina
Domingo Criollo, surnommé « le grand » ou parfois « le bon » (et aussi connu sous le nom de Domingo Angola), émerge à la fin du XVIIᵉ siècle comme le chef civil suprême d’une confédération de palenques situés dans les Montes de María. Cette confédération inclut des communautés comme San Miguel Arcángel, El Arenal, Joyanca et Duanga, ainsi que d’autres palenques plus petits.
En tant que capitaine, il exerce son autorité sur les différentes communautés marronnes, se déplaçant entre elles pour gouverner. Il dirige non seulement les criollos du monte — c’est-à-dire les personnes nées dans les palenques — mais fait également figure d’autorité auprès du clergé espagnol.
Dans cette organisation, il existe également une dimension militaire avec la présence d’un « capitaine de guerre », Pedro Mina, qui assume en parallèle la responsabilité de la défense et du contrôle des « cimarrones de castas » (marrons de première génération).
Entre 1655 et 1674, à la suite de la destruction de plusieurs palenques dans la région, les communautés survivantes — menées par Domingo Criollo — se regroupent et consolident leurs forces autour du Palenque de San Miguel Arcángel.
Composé de bozales (récents arrivés d’Afrique), de criollos (afrodescendants natifs de « Colombie »), et de castas (africains de première génération), San Miguel Arcángel devient un centre majeur de résistance et de cohésion dans la région.





Fondation de San Basilio de Palenque
Au tournant du XVIIIᵉ siècle, face à la consolidation du Palenque de San Miguel Arcángel, les autorités coloniales optent pour une négociation diplomatique avec les successeurs de Domingo Criollo, et en particulier le Capitaine cimarron Nicolás de Santa Rosa.
Entre 1713 et 1714, une trêve est scellée officiellement via un traité de « capitulation » négociée avec l’évêque de Carthagène, Antonio María Cassiani. Le roi d’Espagne émet un décret royal accordant la liberté aux habitants du Palenque de San Miguel Arcángel (sous conditions).
Cette décision est le résultat d’un long processus de négociations entre les leaders du palenque et les autorités coloniales, qui cherchaient à mettre fin aux affrontements constants et à stabiliser la région.
Cet accord impose la formalisation juridique du peuplement, l’obligation d’établir une église et la nomination d’un curé de l’ordre de San Basilio. Le palenque adopte alors le nom formel de San Basilio Magno, marquant la transformation du palenque en communauté officiellement reconnue.
Le décret établissait que les habitants de San Basilio seraient reconnus comme des sujets libres de la Couronne espagnole, à condition qu’ils cessent toute action de rébellion, qu’ils n’accueillent plus d’esclaves fugitifs, et qu’ils vivent dans un lieu déterminé, sous la surveillance des autorités coloniales.
Ces conditions faisaient partie d’un accord visant à intégrer la communauté dans l’ordre colonial tout en lui reconnaissant une autonomie interne importante. San Basilio devint ainsi le premier village d’anciens esclaves marrons des Amériques à obtenir une reconnaissance légale, une liberté formelle, tout en acceptant l’autorité coloniale et en conservant une organisation sociale et culturelle distincte.
Un recensement de 1777 indique une population de 616 habitants à San Basilio.
Bon à savoir
Les palenques autour de Carthagène
On a donc vu qu’après la disparition du palenque de La Matuna, d’autres palenques se constituent dans la province de Carthagène tout au long du XVIIe siècle. Les archives coloniales et la recherche académique recensent au moins seize palenques nommés, répartis en trois zones principales :
- Au nord : dans la Sierra de Luruaco (Matudere, Betancur) et du côté d’Usiacurí
- Au sud-est : dans les Montes de María (San Miguel Arcángel, Piolín, Sanaguare, El Limonar, Joyanca, Arenal, Duanga, Manuel Embuyla, Arroyo Piñuela, Zaragocilla)
- À l’est : autour du fleuve Magdalena (Tapia, Guaimaral, Gambanga, La Magdalena)
San Miguel Arcángel (futur San Basilio de Palenque) devient l’un des palenques les plus durables et stratégiques, fondés entre 1655 et 1674, résultant de rapprochements entre groupes des Montes de Maria et des marrons venus du Magdalena.
Ces palenques naissent souvent suite à des déplacements forcés ou volontaires, certains palenques sont détruits au cours du second tiers du XVIIe siècle, mais beaucoup sont reconstitués ensuite.
Ces communautés participent d’un réseau de solidarité et de résistance, même si elles n’obtiennent pas systématiquement de reconnaissance coloniale.
Patrimoine de l’UNESCO
En 2008, L’UNESCO inscrit l’espace culturel de Palenque de San Basilio sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
L’inscription s’insère dans un contexte légal colombien post-1991, qui reconnaît la Colombie comme une nation pluriethnique et multiculturelle, favorisant l’implication effective des communautés dans la sauvegarde de leur patrimoine culturel.
Le Conseil communautaire Ma Kankamaná de San Basilio (reconnu légalement en 1993) est mentionné comme l’organe représentant la communauté dans la mise en œuvre du Plan spécial de sauvegarde de l’espace culturel inscrit par l’UNESCO.
L’UNESCO reconnaît alors San Basilio comme l’une des rares (voire la seule) communautés fortifiées créées par des esclaves marrons au XVIIᵉ siècle à avoir survécu jusqu’à aujourd’hui et définit l’« espace culturel de Palenque de San Basilio » comme un ensemble cohérent de pratiques sociales, médicales, religieuses, musicales et orales profondément enracinées dans les traditions africaines :
- Organisation sociale fondée sur les groupes d’âge ma‑kuagro
- Pratiques funéraires complexes (cérémonies du lumbalú)
- Rituels de médecine traditionnelle
- Langue créole palenquero, unique en Amérique latine
- Musiques et danses traditionnelles
L’inscription au patrimoine mondial de l’humanité a permis de renforcer la visibilité internationale de la culture palenquera, en tant que référence du patrimoine afro‑colombien.
Des initiatives ont émergé pour assurer la transmission de la langue palenquera dans les écoles, renforcer les pratiques musicales (par exemple, orchestres comme Kombilesa Mi), la médecine traditionnelle, la littérature, la gastronomie et la gestion muséale locale.

Questions fréquentes
San Basilio de Palenque
Depuis Carthagène, il faut compter environ 2h de route en van. La plupart des voyageurs choisissent une visite guidée en petit groupe avec une agence locale, ce qui permet un tarif raisonnable et une meilleure immersion culturelle.
Nous recommandons de partir avec une agence locale engagée dans le tourisme responsable, qui collabore directement avec les habitants et répartit équitablement les revenus (guides, danseurs, musiciens, cuisiniers). Cela évite les mauvaises expériences et soutient la communauté.
Il fait chaud. Très chaud !
On vous recommande de prévoir chapeau/casquette, vêtements légers et crème solaire. Si vous ne voulez pas utiliser de crème solaire prévoir pantalon et manches longues pour éviter les coups de soleil.
Prévoir aussi une gourde d’eau même si bien sûr vous pourrez en acheter sur place à San Basilio.
Non, prévoyez du liquide pour vos achats.
Oui, absolument ! La visite permet de comprendre l’importance historique de la résistance afro-colombienne, mais aussi de découvrir une culture vivante qui mélange tradition et modernité. C’est une expérience authentique, unique en Colombie.
San Basilio de Palenque est connu comme le premier village libre d’Amérique du Sud, fondé par des esclaves en fuite au XVIIᵉ siècle. En 2008, son espace culturel a été inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO pour la richesse de sa langue, sa musique et ses traditions afro-colombiennes.
Lors d’une visite, vous découvrirez l’histoire du village, le musée patrimonial, les murales colorés racontant l’histoire du village, des démonstrations de musique et danse traditionnelles, la gastronomie locale (sucreries palenqueras), ainsi que le gymnase de boxe dédié au champion « Kid Pambelé ».
Contacter un guide local
San Basilio de Palenque
Tourisme responsable
Notre partenaire local est une des rares agences à pratiquer un tourisme responsable à San Basilio de Palenque, appuyant la communauté locale, les projets culturels et notamment les créations de murales, et apportant financièrement réellement à chaque acteur local participant à la visite (guide, chauffeur, cuisinière, musée, gymnase, danseurs, etc.)
Comment se rendre à San Basilio de Palenque
Se rendre à San Basilio avec un tour organisé depuis Carthagène
C’est le plus simple.
Le bus vient vous chercher et vous ramène à votre hôtel.
Se rendre à San Basilio en bus depuis Carthagène
Ce n’est pas l’option la plus simple, mais c’est possible :
- Depuis le terminal de Carthagène, prendre un bus en direction de Mahates (1h)
- Descendre au croisement de la route qui rejoint San Basilio (juste avant Malagana)
- Prendre une moto-taxi jusqu’à San Basilio de Palenque
- Durée du trajet : environ 2h
- Tarif : environ 25.000 COP
Se rendre à San Basilio en taxi depuis Carthagène
Le taxi vous amène, vous attend sur place, et vous ramène (option la plus sécuritaire, car rien ne vous garantit de trouver un taxi sur place pour le retour).
- Durée du trajet : environ 2h
- Tarif aller-retour (avec temps d’attente sur place) : environ 450.000 COP (négociable)












Bonjour
J’ai fait la visite de San basilio hier avec l’agence que vous recommandée et je voudrais vous faire un retour d’expérience. Je souhaitais effectivement passer par une agence de tourisme responsable comme toutes les excursions accompagnées que je fais. Je vous avoue que ça a été une déception. Je ne sais pas quand vous l’avez fait peut être que ça a changé.
Donc juste pour vous faire un retour sur la façon dont ça s’est déroulé.
J’avais demandé une visite en espagnol mais j’étais dans un groupe avec guide anglais qui m’a dit ne pas parler espagnol… heureusement un ami à lui suivait le groupe et a pris le soin de me traduire à partir du 2ieme arrêt dans le village.
Nous sommes donc partis de Carthagene à 7h30, nous sommes arrivés à 10h30 sur le bord de la route avant l’entrée du village où nous attendaient des femmes en tenue traditionnelle pour, si nous le souhaitions se faire prendre en photo en échange de tips, puis nous sommes restés environ 20/30 mn à ce même endroit car il y a un stand de souvenirs.
Ensuite nous sommes rentrés dans le village, les arrêts sur différents lieux ont permis d’expliquer la culture de la musique, de la danse, cuisine. Puis l’arrêt à la casa de médecine ancestrale a été une mise en scène où nous sommes restés 5 mn où on nous a proposé un bracelet en plastique sur lequel le « médecin » allait mettre quelques gouttes de « je ne sais quoi » puisque là j’ai n’ai pas eu la traduction, il fallait payer 20000 POC de plus. Puis le « médecin » qui avait interdit les photos à l’arrivée du groupe, a ensuite proposé de se faire prendre en photo avec lui. Fin de la visite, ça a duré 1h30. Ensuite nous sommes allés manger au restaurant, très bien.
Le tarif de ce tour était de plus de 100€ payables par virement à l’avance.
Enfin, un conducteur de moto taxi venait me chercher à la fin du tour et comme je n’avais pas de réseau pour l’appeler et lui dire où se trouvait le restaurant, le guide (qui je vous le rappelle m’avait dit ne pas parler espagnol) l’a appelé pour lui donner les indications… dans un parfait espagnol…
Le village est très beau, la culture (de ce que j’ai pu avoir accès quand on m’a traduit) était interessante à découvrir mais honnêtement c’est un tour vraiment commercial et très cher (c’est le tour le plus cher et de très loin que j’ai fait en Colombie et au Pérou).
Voilà juste pour vous donner ce retour et peut être revoir cette recommandation afin que d’autres voyageurs ne se fassent pas avoir.
Merci pour votre blog qui est une mine d’informations cependant
Bonjour Charline et merci pour ton retour. Tu résumes tout le problème d’une visite à San Basilio de Palenque, problème que nous avons essayé d’expliquer les contours dans notre article, mais peut-être n’est-il pas suffisamment explicite ? Suite à ton message nous avons donc rajouté un encadré en début d’article pour résumer les éléments que nous développons dans l’article.
Pour te répondre vis à vis de notre partenaire et pourquoi nous l’avons choisi (après avoir testé d’autres tours et agences) c’est qu’il faut comprendre qu’il y a largement pire et que notre partenaire fait « mieux » que les autres à bien des égards ! Donc c’est le « moindre mal » et cela reste pour nous la meilleure option pour visiter Palenque. Mais bien sûr avec toutes les limites imposées par la façon dont le tourisme s’est développé à San Basilio, en grande partie pensé pour un public afro-américain (USA) qui a la culture du pourboire facile.
Nous savons pour l’avoir vécu que les biais culturels sont particulièrement exacerbés sur cette visite. Nous avons nous aussi ressenti la pression du pourboire et des achats de souvenirs, la visite très formatée, (nous essayons d’en parler dans notre article) mais lors des deux visites que nous avons fait de San Basilio nous étions avec d’autres visiteurs américains à qui nous avons posé la question au retour et tous ont adoré leur journée et n’ont pas du tout ressentis les mêmes choses. Certains ont dépensé plus en pourboire et achat que le prix de la visite. Pour eux, distribuer des pourboires et participer localement en achetant tout ce qu’on leur propose est quelque chose de normal et qui leur fait plaisir. C’est apporter, participer, aider. Pour les français, c’est insupportable. Cette culture du pourboire et de la participation à l’économie locale n’existe pas, on cherche toujours à payer le moins cher et on cherche l’ »authenticité » même si on sait qu’elle est factice. Et quand l’argent interfère on considère qu’elle disparait.
Bref, désolé si ton expérience a été mauvaise, nous comprenons tout à fait ce que tu as pu ressentir. Et pour les lecteurs qui passeraient par là et liraient ce commentaire nous conseillons à tout le monde de bien lire notre article en détail pour savoir à quoi s’attendre.
PS : On note le changement chez le médecin traditionnel qui quand on est venu autorisait les photos… et ne proposait pas de selfies payants à la fin de son show.