Lorsqu’il a été question de faire notre itinéraire pour notre dernier voyage en Colombie, il a comme toujours fallu faire des choix. Il y avait et il y a toujours tellement d’endroits que nous souhaitons découvrir qu’il est impossible de tout vouloir faire entrer dans un itinéraire d’un mois. Pourtant s’il y avait bien un lieu que nous avions marqué d’une croix blanche c’était le désert de la Guajira.

Faute de temps, nous avions manqué le rendez-vous avec la Guajira lors de notre voyage précédent, et nous avions décidé que cette fois-ci ce serait la bonne ! Objectif : Nazareth et le Parc National Naturel de la Makuira, à l’extrême ouest de la péninsule.

Voici notre récit d’une découverte du désert de la Guajira entre ombre et lumière…

Tour or not Tour organisé

Circuit dans le désert de la Guajira

transports en communs desert de la guajira colombie

S’il est possible de se rendre au Cabo de la Vela par ses propres moyens et si depuis el Cabo c’est aussi possible de tenter de trouver une place dans un des 4×4 qui part en direction de Punta Gallinas, c’est tout particulièrement compliqué d’aller jusqu’à Nazareth de façon autonome.

Nous avons tenté de trouver une formule pour sortir des circuits traditionnellement proposés et là encore nous avons eu du mal à trouver notre bonheur. Seuls des circuits sur 8 jours intégrant la Makuira nous semblaient intéressants, mais le prix nous a vite refroidis !

Finalement nous avons eu l’opportunité de travailler sur ce voyage avec Aventure Colombia. Cela nous a intéressés immédiatement, car ils font partie des pionniers du tourisme responsable en Colombie et prônent des valeurs qui nous parlent. Pour nous c’était une façon d’entamer une relation avec eux même si la seule possibilité qui s’offrait à nous pour la Makuira était d’intégrer un tour sur 4 jours/3 nuits qu’ils proposaient en collaboration avec l’agence locale Kaï Eco Travel.

Vous l’aurez compris nous sommes donc partis avec un sentiment contradictoire, un mélange fait d’impatience à découvrir une région que nous souhaitions visiter depuis longtemps et d’un peu d’appréhension quant au type de tourisme proposé par les tours organisés, surtout sur un temps aussi court.

Attention spoiler, notre appréhension s’est vue au final confirmée, tout autant que le sentiment privilégié d’avoir découvert des paysages spectaculaires.

Quel circuit avons-nous choisi ?

Nous avions un objectif, celui d’aller jusqu’au bout de la péninsule afin d’aller admirer le parc naturel de La Makuira, près du village indigène de Nazareth. Une oasis au milieu du désert…

Comme expliqué plus haut nous avons pu intégrer un tour incluant la Makuira sur 4 jours au départ de Riohacha. Il faut savoir que tous les tours incluent : pension complète (petit déjeuner, repas du midi et du soir, et hébergement) et le transport en 4×4.

De ce côté là on peut dire que les services proposés par Aventure Colombia tant sur la partie hébergement que sur la restauration étaient de très bonne qualité.

NOTRE CIRCUIT

Jour 1 – Riohacha > Cabo de la Vela
Incluant : arrêt à Uribia, arrêt à la mine de sel de Manaure, puis arrivée au Cabo de la Vela, montée au Pilon de Azucar et coucher de soleil au phare d’El Cabo de la Vela.

Jour 2 – Cabo de la Vela > Nazareth

Jour 3 – Nazareth > Punta Gallinas
Incluant : visite du Parc Naturel National de la Makuira le matin, arrêts aux dunes de Taroa et au phare de Punta Gallinas l’après-midi.

Jour 4 – Punta Gallinas > Riohacha
Incluant : bateau sur la Bahia Hondita et observation des flamants roses à la Boquita.

Nombre de personnes
Les 4×4 peuvent accueillir jusqu’à 8 personnes (2 places à l’avant et 2 banquettes de 3 places à l’arrière). Nous avons eu la chance d’être seulement 3 pour participer à ce tour. Nous parlons de chance, car nous croiserons de nombreux convois sur la route et certains 4×4 transportaient jusqu’à 8 personnes bien tassées. Quand on sait l’état des pistes et la façon de conduire de certains chauffeurs, on imagine que les trajets n’ont pas dû être de tout repos. Notre chauffeur avait invité un collègue à lui qui devait se rendre à Nazareth pour des affaires personnelles. Nous étions donc 4 passagers dans le véhicule, un luxe !

Les chauffeurs
Sachez que les chauffeurs sur ces circuits organisés ne sont pas des guides touristiques. Vous pourrez avoir la chance d’avoir un chauffeur Wayuu prompte à répondre à vos questions pendant le voyage, ou pas. De notre côté nous n’avons pas eu cette chance.

Comment réserver le tour

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Vers le Cabo de la Vela

Découvrir le désert de la Guajira

femmes wayuu tissant la mochila au cabo de la vela guajira colombie

Il faut s’attendre à avoir des surprises lorsque l’on part en 4×4 dans le désert de la Guajira, il n’y a pas de route, chaque chauffeur navigue à vue, à l’expérience, en suivant des traces existantes ou en allant même parfois jusqu’à ouvrir des voies.

D’autant plus en ce début de saison des pluies dans la Guajira, ce qui était notre cas (septembre), les pistes étant ravagées, les trous sont partout, les risques de s’embourber, de crevaisons, de pannes ou d’accidents sont nombreux.

Uribia

De Riohacha au Cabo de la Vela, il faut approximativement 3 à 4h de route. Nous en mettrons 5h puisque nous ferons plusieurs haltes pour réparer dont une relativement longue à Uribia.

Les Wayuus comptent pour 90% de la population de Uribia, ce qui lui vaut le titre de Capitale indigène de la Colombie. C’est une ville une peu bordélique où les convois de touristes et les locaux viennent remplir leurs bidons d’essence issus du trafic avec le Venezuela. Notre chauffeur nous dépose sur la place principale pour aller faire réparer son 4×4 dans un garage. Nous aurons le temps d’aller manger un bout dans une boulangerie du coin et discuter avec quelques vendeuses de mochilas Wayuus avant, et évidemment, de craquer pour nos sacs préférés ! 🙂

Ici les prix des Mochilas Wayuus sont les moins chers de Colombie alors s’il vous plaît, si vous aussi vous souhaitez acheter ce magnifique artisanat de la main de ses créatrices, ne marchandez pas le prix. Réaliser une mochila est un travail qui demande beaucoup de temps pour les femmes Wayuus et le prix auquel elles les vendent est limite indécent tellement il est bas. Il faut aussi comprendre que cet artisanat est l’un des principaux moyens de subsistance des familles Wayuus !

Mines de sel de Manaure

Sincèrement nous nous sommes demandés pourquoi le chauffeur nous amenait jusqu’aux mines de sel de Manaure. Posés là, sans explications, au milieu des camions et des étendues de sel en voie d’extraction, la situation était pour le moins cocasse.

En fait nous comprenons que le safari photo peut commencer, notre chauffeur nous encourageant à cela. Prendre des photos, bien sûr, nous aimons ça et nous allons avoir la chance de prendre quelques jolis clichés ici. Mais si derrière la photo il n’y a rien ? Pas d’histoire ?

Les « péages »

Nous reprenons la route vers le Cabo de la Vela et très rapidement les premiers barrages sont là.

Nous étions préparés à cela, nous savions que les populations locales arrêtent les convois des touristes en tendant une simple corde en travers de la piste à des endroits stratégiques, près des rancherias. Mais au final, rien ne te prépare à affronter la réalité de la Guajira.

Le département de la Guajira est, avec le Choco, le département le plus pauvre de Colombie. C’est aussi le plus inhospitalier. Il y fait une chaleur écrasante, il y souffle un vent terrible qui finit d’assécher absolument tout. Dans le centre du désert, difficile de faire pousser quoi que ce soit pour manger, presque impossible d’avoir accès à l’eau potable, et une corruption infernale vient détourner les aides avant qu’elles puissent bénéficier à la population.

Les communautés Wayuus vivent donc dans ce que l’on peut appeler l’extrême pauvreté. Alors quand vous voyez un gamin de 5 ans arriver en courant vers le 4×4 la main tendue sous le soleil brûlant… Comment décrire ce que l’on ressent en voyant les chauffeurs leur balancer un sachet de biscuit par la fenêtre ?

On fera face à environ une bonne quarantaine de barrages sur tout notre parcours.

Au Cabo de la Vela, des affichages incitent les touristes à ne pas participer à ce phénomène, à ne pas donner, à ne pas encourager la mendicité. Car oui, c’est en partie le tourisme qui a provoqué cette mendicité, que ce soit dans des villes comme Uribia où les enfants et les femmes Wayuu viennent demander l’aumône ou sur la route avec ces barrages.

Mais comment leur en vouloir ? Comment régirait-on si l’on voyait passer sur notre territoire des convois quotidiens de 4×4 remplis de touristes plein d’argent dont on ne verrait pas un centime ?

El Cabo de la Vela, Jepirra

Nous arrivons finalement pour l’heure du repas au Cabo de la Vela, Jepirra en langue Wayuu. Une fois nos affaires déposées dans notre chambre et avoir mangé un bout, on nous amène au Pilon de Azucar (Kaimachi).  Arrivés sur place les chauffeurs lâchent leurs touristes. Nous sommes encouragés à monter au sommet du pilon pour admirer la vue sur la côte caraïbe et les contrastes saisissants entre l’azur de la mer et l’ocre de la terre.

Puis on nous laisse un peu de temps pour nous rafraîchir lors d’une baignade bienvenue. La mer est splendide, chaude et limpide, le paysage spectaculaire.

Nous le savons, cet endroit est un des lieux sacrés du peuple Wayuu… On avait tellement de questions, tellement envie d’échanger sur leurs croyances, apprendre davantage sur leur culture, mais nous n’avons trouvé personne qui puisse nous en dire plus. Et on ne pouvait pas compter sur notre chauffeur dont le rôle n’était absolument pas d’être guide.

On essaye de profiter, mais on ne peut s’empêcher de se poser beaucoup de questions. Chacun voyage à sa façon et la nôtre entrait directement en conflit interne avec ce que nous étions en train de vivre. Dans cet endroit sauvage et sacré, du haut du Pilon de Azucar, on admire le paysage, désertique, les éoliennes au loin, les montagnes pelées et on remarque au pied du Pilon la dizaine de 4×4 alignés attendant que les touristes aient terminé leur petit tour, pris leur photo, pour repartir vers le prochain spot.

La journée se termine un peu plus loin, au phare du Cabo de la Vela, par un sublime coucher de soleil…>

El Cabo de la Vela, Jepirra

Nous arrivons finalement pour l’heure du repas au Cabo de la Vela, Jepirra en langue Wayuu. Une fois nos affaires déposées dans notre chambre et avoir mangé un bout, on nous amène au Pilon de Azucar (Kaimachi).  Arrivés sur place les chauffeurs lâchent leurs touristes. Nous sommes encouragés à monter au sommet du pilon pour admirer la vue sur la côte caraïbe et les contrastes saisissants entre l’azur de la mer et l’ocre de la terre.

Puis on nous laisse un peu de temps pour nous rafraîchir lors d’une baignade bienvenue. La mer est splendide, chaude et limpide, le paysage spectaculaire.

Nous le savons, cet endroit est un des lieux sacrés du peuple Wayuu… On avait tellement de questions, tellement envie d’échanger sur leurs croyances, apprendre davantage sur leur culture, mais nous n’avons trouvé personne qui puisse nous en dire plus. Et on ne pouvait pas compter sur notre chauffeur dont le rôle n’était absolument pas d’être guide.

On essaye de profiter, mais on ne peut s’empêcher de se poser beaucoup de questions. Chacun voyage à sa façon et la nôtre entrait directement en conflit interne avec ce que nous étions en train de vivre. Dans cet endroit sauvage et sacré, du haut du Pilon de Azucar, on admire le paysage, désertique, les éoliennes au loin, les montagnes pelées et on remarque au pied du Pilon la dizaine de 4×4 alignés attendant que les touristes aient terminé leur petit tour, pris leur photo, pour repartir vers le prochain spot.

La journée se termine un peu plus loin, au phare du Cabo de la Vela, par un sublime coucher de soleil…>

Nazareth et le Parc naturel de la Makuira

Visiter le désert de la Guajira

parc la makuira desert de la guajira voyage en colombie

Après une nuit passée à moitié dehors dans un Chinchorro (grand hamac typic wayuu) et à moitié dans notre chambre après une attaque de moustiques, nous repartons tôt le lendemain car nous attendent 7h de route en direction de Nazareth à l’extrême Est du désert de la Guajira.

Malgré la distance, malgré la longueur du trajet pour y arriver, Nazareth restera la bulle d’oxygène qui sauvera notre expérience dans le désert de la Guajira.

Nazareth

Nazareth a gardé une ambiance simple où les habitants ne semblent pas avoir été affectés par les désagréments du tourisme. Ici la situation géographique est « privilégiée » par rapport au centre du désert. Les montagnes environnantes agissent comme un catalyseur de nuages et permettent un accès à l’eau, phénomène rare dans la Guajira et qui leur permet de prétendre en saison de pluie à la culture vivrière.

Nazareth a une ambiance bien à elle de village indigène où les traditions se perpétuent à l’écart des mouvements du monde. Nous forçons littéralement notre chauffeur à nous arrêter dans notre course folle pour aller boire une bière au coin de la rue. Se poser. Regarder la vie s’écouler, ne serait-ce que quelques instants. Respirer un peu…

Nous arrivons finalement à notre hébergement. Après deux jours sur la route, à voir ce que l’on a vu, des gens survivre avec rien, des parents récupérer l’eau des flaques, des enfants se baigner dedans, qu’on arrive dans notre hébergement et qu’on voit une piscine, on se demande ce qu’on fait là… Vue la chaleur nous allons profiter de la baignade, mais le cœur est ailleurs.

Le Parc Naturel National de la Makuira

Le lendemain matin nous allons visiter le Parc Naturel National de la Makuira. En plus d’être une réserve naturelle, le parc est une réserve indigène, un territoire protégé où habitent 54 familles. Il s’agit d’une oasis au milieu du désert. Son écosystème en fait un territoire fertile où ils peuvent cultiver. La population locale profite de l’eau environ 4 mois dans l’année grâce à une rivière qui se remplit pendant la saison des pluies.

Il y a encore quelques années, la rivière était présente toute l’année… Au moment de notre passage, elle est complètement asséchée, nous marchons dans son lit sableux. Difficile d’imaginer l’eau dans un tel environnement et le lieu doit prendre une teinte encore plus magique lorsque coule la rivière.

Animée par Mayerli, notre guide Wayuu, la randonnée dans le parc nous permet enfin d’échanger sur la culture de la plus grande population indigène de Colombie. Les Wayuus, de par leur féroce caractère, sont l’un des peuples autochtones qui auront réussi à repousser les colons espagnols. Aujourd’hui en voyant l’évangélisation chrétienne de certaines rancherias on est en droit de se demander si un colonialisme moderne n’est pas en train de réussir son travail de sape.

Mayerli, d’un pas calme et rassurant, nous partage sa connaissance avec patience, écoutant nos questions, tentant d’y répondre avec simplicité.

Les dunes d’Allewoluu
Après deux petites heures de marche dans le parc de la Makuira, au milieu d’une forêt surprenante, emplie d’une variété d’oiseaux impressionnante, surgit soudain, comme sortie du doigt d’un peintre malicieux, une tache ocre et brillante au milieu de la montagne : les dunes de Allewoluu nous attendent pour un spectacle grandiose !

Allewoluu signifie « là où les amis se rencontrent ». Mayerli nous raconte que c’est dans cet endroit unique qu’ils se retrouvent pour fêter leurs anniversaires. Une drôle de légende raconte que ce sont les indigènes Arhuacos qui ont amené le sable à cet endroit et le vent a fini par former les dunes. On vous épargne l’histoire complète, mais cela montre à quel point les interactions entre les peuples indigènes dépassaient largement les frontières de leurs territoires supposés.

La cosmovision Wayuu

C’est ici, dans le parc de la Makuira, au bord de la rivière, près d’une pierre devenue sacrée qu’a eu lieu un événement important de l’histoire du peuple Wayuu.

Au commencement des temps Wolunka, fille de la terre mère et de la pluie, était en train de se baigner dans la rivière lorsque ses frères lui ont tendu un piège pour lui retirer les dents qu’elle possédait à l’entrée de son vagin et qui l’empêchaient d’avoir des enfants. Alors qu’elle s’apprêtait à plonger depuis cette pierre, ils tirèrent une flèche qui traversa son sexe et eut pour effet de détruire les dents. Wolunka put alors procréer et donner naissance au peuple Wayuu.

Cette légende peut apparaître comme une allégorie de l’arrivée des premières règles pour les jeunes femmes. Cette étape est très importante dans la culture Wayuu et fait l’objet d’un rite de passage sacré : l’Encierro.

L’Encierro
La jeune fille reste enfermée pendant plusieurs jours/semaines/mois selon les familles (avant s’était pendant plusieurs mois) et ne reçoit la visite que des femmes du clan. Pendant cette période on lui transmet des éléments importants de la tradition Wayuu, on lui coupe les cheveux pour laisser partir l’esprit de l’enfance (avant on leur rasé la tête entièrement), elle reçoit des soins corporels et des conseils des femmes de la famille pour la préparer à sa vie d’adulte. Aujourd’hui le plus souvent ce rituel ne dure que quelques jours ou quelques semaines. École oblige ! 😉

La femme Wayuu
La femme est le pilier de la communauté Wayuu qui fonctionne sur un système matriarcal. La femme prend les décisions et communique le savoir des traditions. La femme Ouutsü est l’autorité spirituelle du clan, elle a le savoir médicinal et la faculté de communiquer avec le monde naturel et surnaturel à travers les rêves. Les rêves sont un élément important de la culture Wayuu.

Si celui qui règle les conflits au sein de la communauté est un homme, le Pütchipüü, « le palabrero », il doit être l’oncle du côté maternel du clan. Les femmes sont les leaders au sein de la communauté même si les hommes peuvent en être les « représentants » vers le monde extérieur.

La couleur rouge
La couleur rouge est une couleur très importante dans la culture Wayuu. C’est la couleur du sang que Wolunka a déversé dans la rivière. C’est la couleur de la terre que les femmes utilisent pour s’enduire entièrement le visage et se protéger su soleil. C’est la couleur que les Wayuus utilisent pour dessiner sur leur visage les symboles traditionnels avant les célébrations. C’est la couleur de la robe utilisée par les femmes pour effectuer la Yonna, la danse traditionnelle Wayuu. L’oiseau emblématique de la Guajira, « el Rey Guajiro », est également entièrement rouge. La légende raconte qu’au moment où la rivière se colorait du sang de Wolunka passa l’oiseau roi Guajiro. Il plongea dans l’eau ensanglantée pour en ressortir entièrement rouge !

Il y aurait tant à dire sur la culture Wayuu. Il y aurait tant à apprendre en passant vraiment du temps auprès de cette communauté qui continue à lutter pour préserver son identité et ses traditions.

De retour du parc nous poursuivons la route direction Punta Gallinas. Les yeux dans le vague nous prenons conscience que si nous n’avions pas été jusqu’à Nazareth et si nous n’avions pas rencontré Mayerli, notre guide Wayuu, personne ne nous aurait initiés à la culture indigène de la Guajira.

Prise de conscience

De retour du parc nous poursuivons la route direction Punta Gallinas. Les yeux dans le vague nous prenons conscience que si nous n’avions pas été jusqu’à Nazareth et si nous n’avions pas rencontré Mayerli, notre guide Wayuu, personne ne nous aurait initiés à la culture indigène de la Guajira.

Les touristes traversent cette terre en jetant des sachets de biscuits par les fenêtres sans avoir la moindre idée de ce qui se joue ici, sans avoir la moindre information sur le savoir millénaire qui imprègne cette terre, sans avoir le moindre contact avec la culture indigène. Mais alors avec quelle image du peuple Wayuu repartent-ils ?

La question écologique

Désert de la Guajira et pollution

chemin de fer mine de charbon desert de la guajira en colombie

Tous les jours les paysages défilent derrière les vitres fumées du 4×4 toujours plus surprenant les uns que les autres. On se pique à admirer les modifications de végétations survivant sur ces terres arides en fonction de leur situation géographique, plus ou moins proche de la mer, plus ou moins proche d’une montagne…

Les couleurs de la terre varient également du rouge au presque blanc en passant par toutes les nuances d’or et d’ocres. Partout des cactus, immenses, comme dans les films de western, et partout des sacs plastiques portés par les vents et qui finissent accrochés à ce qui barre leur chemin, un cactus, une clôture en barbelé, un arbre…

Ici le tri sélectif n’existe pas. Ici la collecte des déchets est inopérante. Ici, comme ailleurs en Colombie, l’éducation à l’environnement est à construire, un pari sur l’avenir.

Mais dans notre société actuelle du « tout plastique » comme faire autrement ?

Avant qu’on invente des matières qui ne se dégradent pas, les déchets n’existaient pas, ils revenaient simplement à la terre. Aujourd’hui dans les villages et dans les fermes, les déchets plastiques terminent dans la nature, faute de mieux. On aurait tendance à pointer du doigt les communautés Wayuus pour leur manque d’éducation. C’est un fait, mais que dire alors du reste de la Colombie ? Il faudrait une sacrée volonté politique pour créer des campagnes d’éducation à l’environnement de grandes ampleurs, des moyens considérables pour créer un système de collecte et de recyclage des déchets performant, et pas seulement dans la Guajira, mais dans tout le pays…

Mais comment parler de cette pollution visible sans parler de la grande mine de charbon de Cerrejon, propriété des multinationales américaines alimentant des grands groupes européens comme les Français EDF et Engie ? Depuis son ouverture, la mine assèche les cours d’eau et prive la population d’un accès vital à ce bien universel. Cette activité terriblement polluante met en danger la survie même d’une population. N’est-il pas là le véritable scandale ?

Parenthèse refermée. La Guajira est un nœud de problématiques très complexes à appréhender avec un regard extérieur.

Alors à notre place de petits touristes nous pouvons essayer de faire notre part : ici ou ailleurs lorsqu’il est évident que les déchets ne sont pas valorisés la moindre des choses que l’on puisse faire est de ramener nos déchets plastiques avec nous. Profitant de la voiture à disposition, il est simple de fabriquer une poubelle et d’attendre pour les jeter le retour à Riohacha, ville où un système de récollection existe.

Punta Gallinas

Découvrir le désert de la Guajira

bahia hondita punta gallinas desert de la guajira colombie

En direction de Punta Gallinas, 3h de route bien tassées nous attendent dans des paysages magnifiques. Notre premier objectif, rejoindre les fameuses dunes de Taroa, l’un des points d’intérêt les plus prisés par les touristes se rendant dans le désert de la Guajira.

Les Dunes de Taroa

Les 4×4 s’arrêtent au plus près des dunes, on apprend même qu’à une époque les tours se permettaient de rouler sur les dunes, époque révolue. Tout le monde descend pour admirer le spectacle, de belles et grandes dunes de sable doré plongeant vers la mer.

Nous avons droit à notre deuxième baignade du circuit avant de repartir vers le phare de Punta Gallinas, LE fameux point le plus septentrional du continent sud-américain. Autrement dit, le point le plus au nord de l’Amérique du Sud. Un simple arrêt photo et c’est reparti.

Nous n’aurons pas le temps d’aller admirer le coucher de soleil depuis la plage de Punta Aguja, nous filons directement nous poser dans l’immense rancheria de la fameuse Luz Mila. Luz Mila est une pionnière, la première à avoir accueilli des touristes avec l’aide d’Aventure Colombia. Au départ à petite échelle, celle de justes quelques touristes accueillis « comme à la maison ». Aujourd’hui Luz Mila c’est une institution. Le lieu est assez impressionnant et doit pouvoir accueillir plusieurs centaines de personnes en même temps. On peut le regretter, mais il faut aussi comprendre que l’activité de la rancheria permet aujourd’hui un apport financier à de nombreuses familles des alentours, employés à la bonne marche de l’entreprise : cuisine, entretien, transports, fabrication des chinchorros, etc.

La Yonna

Lors de notre passage au Cabo de la Vela nous avions vu qu’il était possible d’aller passer un moment dans une rancheria pour en savoir plus sur le rituel de la Yonna. Après plusieurs jours de discussion avec notre chauffeur, il finit par nous amener dans une famille voisine de Luz Mila.

Lorsque nous arrivons, le patriarche de la famille est littéralement bourré à l’alcool local. On est installé sur un banc et nous acceptons le tord-boyaux du père de famille. C’est la nuit, un petit feu de camp a été allumé au milieu de la cour, les enfants sont prêts, en habits traditionnels et leur mère aussi. Toute belle de rouge vêtue, elle essaye de passer par dessus les rires des chauffeurs et du patriarche pour nous parler de sa culture et de la Yonna, cette danse traditionnelle si importante dans la culture Wayuu. Une gueulante plus loin pour les faire taire, le calme se fait et nous pouvons échanger avec elle.

Les chauffeurs décident d’allumer les phares des voitures pour mieux y voir et qu’on « puisse prendre des photos »…

Les enfants demandent à Angélica de se vêtir d’une « manta », robe traditionnelle, et nous peignent le visage des motifs traditionnels pour ces cérémonies : traits du guerrier pour Samuel, spirales pour Angélica, une des formes les plus récurrentes qui symbolise le chemin de la vie, les cycles de la nature, la figure qui forme aussi la base de la mochila Wayuu.

La Yonna est une danse traditionnelle qui est présente dans tous les moments importants, pour accueillir des invités ou pour célébrer les fêtes, les anniversaires, les enterrements etc. C’est la musique et les mouvements qui changent et que l’on va adapter selon la célébration.

La Yonna se danse en cercle et c’est la femme qui toujours avance vers l’homme qui recule jusqu’à tomber, la femme représente la force, pendant que l’homme représente le vent.

Les pas recréent les mouvements des animaux. Les animaux sont très importants dans la culture Wayuu, ce sont les ancêtres, chaque animal a sa légende, chaque clan possède un emblème animal…

Les enfants nous montrent un à un les pas et tentent de nous faire deviner l’animal qu’ils représentent, un exercice pas très simple ! 🙂 Ils sont accompagnés par les sons du tambour et ils changent de mouvement à chaque changement de rythme. Puis ils nous invitent à apprendre le pas traditionnel et à tenter de danser à notre tour.

On sent qu’ils ont l’habitude de proposer cette initiation aux touristes de passage.

On parlera des traditions, de l’importance des rêves, du tissage des mochilas, etc. 35 000 questions plus tard, il est temps de quitter la famille. Une expérience à la fois forte et étrange, à la frontière entre l’attraction pour touriste et un véritable apprentissage d’une tradition encore très ancrée, loin d’être un simple folklore.

Bahia Hondita

Notre séjour dans le désert de la Guajira touche à sa fin. Cette dernière nuit à Punta Gallinas nous offre un des plus beaux ciels observés pendant notre voyage. Réveillés à 3h du matin, on sort de notre chambre pour admirer les constellations qui s’offrent à nous en silence… Plus tard vers 5h, on réussira à se lever pour admirer le spectacle du lever de soleil… des moments magiques !

Nous découvrons à la lumière du jour ce lieu magique qu’est Bahia Hondita.

Là encore les contrastes de couleurs sont saisissants. Les falaises de terre ocre, comme sculptées par des vagues invisibles, s’y jettent dans un bras de mer turquoise. Au loin une bande de palétuvier forme une mangrove improvisée. Ici une barque abandonnée marque la présence humaine d’une touche de couleur, simple comme un tableau.

Après le petit déjeuner tous les touristes présents à la Rancheria sont invités à monter dans une lancha direction la Boquita. L’air frais du petit matin nous fouette le visage, cette petite virée sur les eaux vertes de la Bahia Hondita est un vrai plaisir. Nous arrivons sur la presqu’île de la Boquita.

Au loin on peut observer les flamants roses. Tous les groupes descendent et nous sommes lâchés vers ces drôles d’animaux à échasse. Le temps de quelques clichés et il est temps de prendre le chemin du retour vers Riohacha.

Retour vers Riohacha

Impression de notre découverte de la Guajira

coucher de soleil au cabo de la vela desert de la guajira colombie

Nous repartons dans un paysage martien fabuleux qui nous donne envie de faire voler le drone. Le retour est long et éprouvant après les 4 jours passés. Les kilomètres défilent à l’allure brinquebalante d’un 4×4 démantibulé sur des pistes chaotiques. Puis vient Uribia et ses odeurs d’essence de contrebande. Enfin la route se fait roulante jusqu’à Riohacha. THE END.

Bilan mitigé

S’il y a bien un leitmotiv dans ces 4 jours à parcourir le désert de la Guajira, c’est le temps que nous avons passé dans la voiture. On ne va pas se plaindre, les 4×4 sont vraiment confortables pour ce type de conditions et on en sort relativement indemne. Mais c’est cette façon de voyager qui nous a posé question tout au long du voyage.

Nous pensons que le tourisme dans la Guajira est dans une sorte d’impasse et qu’il n’est pas soutenable de persévérer sur ce chemin. S’il y a 20 ans de cela lorsque le tourisme d’aventure a démarré dans la région il était sûrement possible de véritablement « rencontrer » le désert de la Guajira, aujourd’hui le tourisme semble comme un poulet sans tête. Il marche à l’aveugle, dans une fuite en avant, sans voir qu’à force de grossir il va finir par exploser.

Il faudrait tout mettre à plat et ralentir... ralentir pour sentir le poids du désert et la beauté des paysages, ralentir pour permettre la rencontre avec la culture locale, ralentir pour permettre la contemplation, l’apprentissage, la digestion.

Les tours classiques Cabo de la Vela/Punta Gallinas sont une sorte de Safari photo où tout le monde est amené aux mêmes endroits pour prendre des clichés et repartir de plus belle, tout est chronométré, tout est paramétré, la rencontre n’est pas encouragée, l’éducation du voyageur à l’histoire culturelle et naturelle de la région n’est pas au centre du voyage comme elle le devrait.

De beaux souvenirs

Cela dit, les photos que vous avez pu voir dans cet article sont la preuve que cette région est une des plus belles qui soient. Les paysages y sont magnifiques, tellement impressionnants au regard des conditions de vie qu’ils vous en donnent le frisson. Nous en avons pris plein les yeux il faut bien l’avouer !

Grâce à notre passage à Nazareth et au Parc naturel national de la Makuira, et grâce à notre atelier de la Yonna à Punta Gallinas, nous avons finalement réussi à échanger et apprendre un peu plus de la culture Wayuu. Et même si les rencontres ont été « organisées » et n’émanent pas d’échanges improvisés, nous avons pu ouvrir quelques portes sur cette région mystérieuse de la Colombie.

Lueurs d’espoir

Nous sommes certains que vous, chers lecteurs, souhaiteriez visiter cet endroit d’une autre manière. Petit à petit on espère que cela pourra changer et que les initiatives pour un tourisme plus respectueux, plus lent et plus en cohérence avec la dureté du désert de la Guajira seront encouragées.

Nous vous encourageons à penser votre voyage à la Guajira de façon différente et nous ferons bientôt un article à ce sujet :

  • Des initiatives de tourisme équitable : Par exemple le projet « Un Viaje al Cambio » est totalement tourné vers un tourisme initiateur du changement. On participe à un projet de développement durable dans une communauté wayuu et on partage 2 jours avec elle. Avec seulement 3 départs par an, le projet est en voie de développement, mais si vous êtes en groupe des tours « privatifs » sont possibles à partir de 3 personnes (tarifs adaptables selon le nombre de personnes)
  • La Guajira ne se résume pas au Cabo de la Vela et à Punta Gallinas : pourquoi ne pas vous concentrer sur des régions où il est possible de voyager plus simplement sans avoir recourt aux 4×4 qui demandent frais et rentabilité ? Dibulla, Camarones et le sanctuaire Los Flamencos et Riohacha sont des destinations à découvrir. Le sud de la Guajira, autour de San Juan del Cesar est également une région pleine de surprises.

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Ce voyage a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec Aventure Colombia.

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visiter le désert de la guajira colombie
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Un article écrit avec amour par

Angélica & Samuel | Mon voyage en Colombie

Bienvenue sur "Mon voyage en Colombie" ! Nous sommes Angélica et Samuel, couple franco-colombien basés à Bordeaux, et nous avons créé ce blog pour vous inciter à découvrir la Colombie et bien préparer votre voyage au pays du réalisme magique ! Vous y trouverez tous nos conseils pratiques, les destinations incontournables, les idées de visites hors des sentiers battus, nos coups de coeurs, nos carnets de voyage, nos photos et vidéos pour vous donner envie de visiter la Colombie !