Páramo de Ocetá : un trek inoubliable

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Il est 6h30 à Monguí, petit village patrimoine dont on vous parlera dans un prochain article. Nous nous dirigeons vers le café de la place du village pour aller prendre notre petit déjeuner et de l’énergie pour notre trek au Paramo de Oceta, notre programme du jour.

La veille nous étions passés au café pour prévenir que nous allions venir tôt, aucun souci, le café ouvre à 6h tous les matins. Sur les conseils de Maria, notre guide, nous avions également commandé des sandwichs au petit restaurant du coin. Une organisation aux petits oignons !

Nous avons rendez-vous à 7h avec Maria, pour prendre la voiture en direction de Mongüa et le Páramo de Ocetá.

Informations pratiques

Toutes les infos pratiques pour le Páramo de Ocetá sont à retrouver en bas de cet article :
Où loger à Mongui
Comment s’y rendre
Bonnes adresses

Rififi au Páramo de Ocetá

Randonnée à Ocetá

Treking au Paramo de Oceta

Pour notre venue, le chemin qui mène au Páramo de Ocetá depuis Mongui est fermé au public. La version officielle parle d’une fermeture pour laisser respirer les écosystèmes alors que dans les faits il s’agit véritablement d’un conflit avec les propriétaires terriens, éleveurs de bétail.

Le Páramo de Ocetá est au centre d’une problématique complexe et récurrente en Colombie : comment associer développement touristique, protection des espaces naturels, complexité historique de la répartition des terres, permanence de l’activité agricole locale, respect des populations locales, paysannes et indigènes…

Bien que le Páramo de Ocetá fasse partie d’une aire protégée « Parc Naturel Régional », cette dénomination offre au final très peu de protection puisque la plupart des terres de ce parc sont privées et n’appartiennent pas à l’état.

Depuis plusieurs années le Páramo de Ocetá vit au rythme des ouvertures et des fermetures dictées par les propriétaires terriens qui cherchent à défendre leur activité paysane et obtenir des contreparties, pendant que les défenseurs de l’environnement et les guides touristiques cherchent à réduire l’impact du pastoralisme sur les écosystèmes.

Bref, la situation est complexe. Le 23 décembre 2020, un nouvel accord a été signé entre les éleveurs, les municipalités, les guides de montagne et la corporation qui gère le parc naturel régional, pour permettre l’activité touristique à nouveau, jusqu’au prochain épisode !

Parc Naturel Régional Siscunsí – Ocetá

Le PNR Siscunsí – Ocetá offre un écosystème typique de haute montagne tropicale, composé principalement de zones de páramo, de prairies et de haute forêt andine. Il est situé dans la partie orientale du département de Boyacá, entre le Lago de Tota et le parc national de Pisba. Ce parc naturel constitue une réserve d’eau très importante pour les départements du Boyacá et du Casanare.

  • Écosystème : haute forêt andine et páramo
  • Surface : 50.000 hectares
  • Altitude : 2250 – 4000 m
  • Villes principales : Sogamoso, Aquitania, Mogui, Mongüa

Trek au Páramo de Ocetá depuis Mongüa

Randonnée à Ocetá

Treking au Paramo de Oceta

S’il y a une chose que nous avons apprise grâce à ce conflit du côté de Mongui, c’est que le Páramo de Ocetá n’est pas uniquement accessible depuis Mongui, mais également depuis Aquitania, Sogamoso et Mongüa.

Mongüa est situé à seulement 1h en voiture de Mongui et c’est vers ces montagnes que nous nous dirigeons en ce début de matinée brumeuse. Le départ du sentier est accessible en voiture sans problème particulier, il faut juste connaître la route et la présence d’un guide est obligatoire.

Notre randonnée commence à la Laguna Negra au-dessus du village de Mongüa. Ce lac aux eaux calmes et sombres reflète le paysage alentour comme un miroir profond et mystérieux. Déjà le charme opère.

Maria nous parle des paysages qui nous entourent et des différentes espèces végétales que l’on peut apercevoir le long du sentier, plantes grasses, lichens, et bien sur les frailejones (espeletia). Qui sont en quelque sorte les protagonistes des páramos.

Trek au Paramo de Oceta

Des paysages à… couper le souffle

Le Páramo de Ocetá permet d’admirer quatre des six espèces existantes de frailejones ! Voilà encore une information totalement inédite pour nous qui pensions qu’il n’y en avait qu’une seule variété de frailejones.

Très vite l’effort devient plus conséquent et l‘altitude commence à faire son travail de sape. Mais cette fois, il n’y aura aucun mal de montagne pour Sam qui semble s’être habitué avec les années aux hautes montagnes colombiennes. Pas de mal de montagnes, mais la sensation de devoir faire beaucoup d’effort pour respirer. On marche donc à notre rythme et sans se presser…

Plus nous montons en altitude, plus le nombre de frailejones devient impressionnant et plus le páramo se fait imposant. Les nuages gris menacent, les éclaircies illuminent la lande aux couleurs ocre et vertes, ces paysages sont littéralement époustouflants.

Avant d’arriver sur la crête Maria nous fait un tour de magie venue des temps ancestraux. Ses origines Muisca lui ont donné une connaissance des plantes toute particulière. Elle nous demande d’attendre, nous la voyons ramasser une tige de plante anodine, la frotter dans la terre, puis prendre le bras d’Angélica et appuyer la tige contre sa peau pour imprimer sa peau d’un tatouage aux formes végétales. Maria nous raconte que les Muiscas utilisaient cette technique pour réaliser des tatouages avec de la poussière d’or... magique on vous dit !

Treking au Paramo de Oceta

De l’importance d’être accompagné

Le chemin se fait de moins en moins précis, sur une crête entre deux versants, nous arrivons au sommet où nous frôlons les 4000 m d’altitude quand la brume fait son apparition. Très rapidement la visibilité se réduit jusqu’à boucher totalement le paysage. Nous n’y voyons plus qu’à quelques mètres et l’importance d’être accompagné par un guide qui connait ces montagnes comme sa poche prend tout son sens.

Trek au Paramo de Oceta

À peine tourné la tête pour prendre une photo et le groupe est totalement perdu de vue. En quelques secondes à peine une sensation de vertige s’empare immédiatement de mon cerveau. Le cœur s’emballe, les scénarii défilent, les jambes accélèrent jusqu’à apercevoir une silhouette quelques mètres plus loin. Maria s’est arrêtée pour attendre que tout le groupe soit réuni, tout est bien.

Les histoires tragiques de montagnes ont bercé mon enfance et je sais combien elles ont eu une importance dans mon apprentissage et ma relation à la nature. Je connais la violence des montagnes, comme je sais celle de l’océan. Je l’aime et je la respecte. Je sais que tout peut arriver et qu‘il faut y être préparé. Concrètement qu’est-ce que cela veut dire : ne jamais partir sans préparation, connaître son potentiel, se faire accompagner d’un guide local, avoir du matériel adapter, des bonnes chaussures, des vêtements contre le froid et la pluie, de l’eau et de quoi manger…

Maria notre guide
Treking au Paramo de Oceta

Maria est une femme à part, belle et forte, passionnée par la montagne et la nature. C’est avec fierté qu’elle nous conte son histoire, entre racines indigènes et vie paysanne dans les montagnes. Une vie dure et belle, comme la poésie qui l’a accompagné depuis son enfance.

À l’âge de 13 ans, Maria ne travaille pas très bien à l’école… et redouble… sa mère pour la « punir » l’envoi dans la montagne pour s’occuper des vaches pendant toute une année. Loin de tout, passant ses journées seules dans les montagnes, Maria marche, beaucoup, parcourt les montagnes et Maria lit, beaucoup, découvrant la littérature et la poésie. Exploration d’un environnement naturel et d’un monde intérieur, entre montagne et poésie, deux passions qui ne la quitteront plus.

Alors vous imaginez bien que lorsque Maria revient sur cette histoire aujourd’hui, sur cette « punition » que lui a infligée sa mère, elle la considère finalement plus comme une bénédiction, une chance qui a fait la femme qu’elle est aujourd’hui !

Une mer de Frailejones

Nous entamons la descente et petit à petit nous passons sous la barrière nuageuse et retrouvons une visibilité normale. Le paysage qui s’inscrit alors sur notre rétine est inoubliable : des frailejones par milliers à perte de vue. J’avoue ne jamais avoir été témoin d’un tel paysage. Même au Parc naturel Los Nevados la quantité de Frailejones n’était pas aussi impressionnante, ou alors mon mal des montagnes m’avait peut-être aveuglé à l’époque.

Toujours est-il que nous goûtons maintenant chaque pas qui nous sépare du chemin du retour. L’expérience est magique. Nous croisons quelques vaches en train de paître tranquillement au milieu du páramo et la réalité nous rattrape. Nous terminons la descente pour nous installer pour manger dans cette vallée qui s’écoule comme un corps vivant devant nous. Au loin, en bas, la Laguna Negra prend une dimension tout autre, celles de deux mains jointes qui viendraient recueillir l’eau offerte par les rois de la montagne.

Trek au Paramo de Oceta

Comme souvent ici, l’après-midi est synonyme d’arrivée de la pluie. Nous terminons notre journée de marche sous quelques gouttes qui vienne nous rappeler la chance que nous avons eu. La veille Maria avait terminé sa journée trempée jusqu’aux os après avoir essuyée des pluies torrentielles !

Avoir fait ce trek depuis mongüa nous a permis aussi d’avoir une autre visage de ce grandieux páramo, et on ne peut que vous le conseiller !

Nous rentrons à Mongui heureux de fatigue, d’histoires racontées et de paysages traversés. Merci Maria !

Qu’est-ce qu’un Páramo ?

Randonnée à Ocetá

Treking au Paramo de Oceta

Les páramos sont des fontaines de vie. Ce sont des écosystèmes totalement magiques formés de tourbes, de lichens, de mousse, et de frailejones. Toutes ces plantes ont un rôle essentiel à la vie : elles sont à l’origine de la fabrication de la majorité de l’eau douce en Colombie.

Les frailejones sont les rois du Páramo et peuvent atteindre plusieurs centaines d’années ! Les Espeletia de leur nom scientifique poussent très lentement, selon les variétés entre 1 cm par an et 1 cm tous les 10 ans !

Leur tête couronnée de feuilles poilues a la capacité de capter les gouttelettes d’eau présentent dans les nuages. Puis le frailejon va stocker cette eau pour la libérer lentement à travers ses racines dans le sol. Les mousses, la tourbe, et la gravité feront le reste du travail pour former les cours d’eau qui alimenteront lac et rivières de Colombie.

Trek au Paramo de Oceta

Pourtant l‘accès à l’eau en Colombie est particulièrement problématique et cela ne va pas en s’arrangeant.

En 1990 la Colombie était placée au 4e rang des pays avec le plus de ressources en eau au monde. Depuis, le pays a vu s’effondrer ces stocks au cours des 30 dernières années pour se retrouver aujourd’hui au 25e rang mondial. Déforestation, exploitation minière, industrialisation, urbanisation et changement climatique ont eu raison d’une des plus grandes richesses du pays. Une crise de l’eau qui pourrait être catastrophique dans les années à venir si aucune mesure n’est prise.

Informations pratiques

Páramo de OcetA

Mongui est situé à 3000m d’altitude, alors prévoyez les petites laines car le soir il fait très froid. Il n’y a pas de distributeur à Mongui, ni à Mongüa et très peu de commerces acceptent les paiements par carte donc pensez à retirer suffisamment de liquide avant de venir.

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EN SAVOIR PLUS

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