Voici notre retour d’expérience sur nos 5 jours passés entre Leticia et Puerto Nariño, au sein d’une communauté indigène, dans le département de l’Amazonas en Colombie.
Alors oui, il est exagéré de faire comme si l’Amazonie colombienne se résumait à Leticia et Puerto Nariño, mais, comme c’est la destination la plus populaire de cette région qui couvre tout de même un tiers de la Colombie, nous allons jouer ce jeu le temps d’un article, tout en sachant que l’Amazonie colombienne, c’est bien plus que cela, c’est Puerto Inirida et les Cerros de Mavecure, c’est San José del Guaviare, c’est Mocoa et le Putumayo, c’est Mitu et le Vaupes, etc.
Dans cet article vous allez découvrir au jour le jour ce que nous avons vécu, comprendre pourquoi nous avons choisi d’organiser notre séjour depuis une communauté indigène, et pourquoi c’était la meilleure décision que nous ayons pu prendre !
Sommaire

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Préambule
Nous nous sommes levés aux aurores, pour prendre le premier avion en direction de Leticia. Nous arrivons à 9h dans la capitale amazonienne, la chaleur n’est pas si étouffante qu’on aurait pu l’imaginer, on récupère nos bagages, on s’acquitte de l’impot touristique obligatoire et on retrouve Henry, indigène Ticuna, leader communautaire et opérateur local de la communauté, à qui nous avons fait confiance pour nous organiser nos 5 jours et 4 nuits dans la région.

Le conseil d’Angélica & Samuel
Premier aparté : nous avons choisi de prendre des vols le plus tôt possible à l’aller et le plus tard possible au retour, afin de vraiment maximiser notre temps sur place en Amazonie. On vous conseille vraiment d’en faire autant !
Ce voyage était un peu particulier, car nous étions accompagnés d’une famille d’amis (2 enfants de 8 et 10 ans) et nous avons aussi pensé le programme pour qu’ils puissent profiter au maximum de leur découverte de l’Amazonie colombienne.
Si nous avons choisi de faire appel à Henry, c’est parce que nous voulions éviter de loger en ville (Leticia ou Puerto Nariño), nous voulions vivre l’expérience la plus authentique possible tout en gardant un minimum de confort, nous voulions être au plus près de la nature et de ce qui fait la magie de cette région unique au monde.

Le conseil d’Angélica & Samuel
Deuxième aparté : Nous partons au mois de février, en pleine saison des hautes eaux où nous attendent les fameux paysages de forêt inondée ! Si vous hésitez à venir en Amazonie pendant la saison des pluies, n’hésitez plus. Les paysages sont incroyables.
Grâce à lui et à sa grande connaissance du terrain, nous avons pu concocter un programme sur mesure. Nous avions quelques idées en tête de ce que nous souhaitions faire et il a su à la fois nous guider et nous écouter pour au final trouver le bon compromis entre nature et culture, ce qui fait la richesse de l’Amazonie.
À lire
Pour tout ce qui concerne la logistique (vols, vaccins, budget, valise), consultez notre guide pour préparer son séjour en Amazonie colombienne.
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Henry vous fera une proposition de programme, mais si certaines activités ne vous conviennent pas ou si vous avez des envies précises, n’hésitez pas à discuter avec lui, car tout est modifiable.
Jour 1 – Leticia, la frontière brésilienne et les premiers dauphins

Nous prenons le taxi depuis l’aéroport en direction du centre de Leticia. Nous avons toute la matinée de disponible pour déambuler dans la ville avant de prendre le bateau en direction de la communauté indigène où nous logerons tout le temps de notre séjour ici.
Le matin à Leticia : marché, frontière, et premiers fruits
Henry nous emmène au marché couvert de Leticia. C’est l’occasion de vivre une première immersion dans les odeurs et les saveurs de l’Amazonie : ici tout est différent, surtout les poissons et les fruits qui seront au cœur de notre découverte de la gastronomie amazonienne.
Nous goûtons à notre premier jus d’Açaï, cette boisson qui fait fureur dans tous les lieux « healthy » de la planète pour ses nombreuses vertus. Mais ici, tous les fruits, toutes les plantes, toute la nature a des vertus ! Nous en serons les témoins pendant 5 jours.
Nous déambulons dans les étals de ce marché aux couleurs vives où se mélangent les cultures indigènes, colombiennes, brésiliennes, péruviennes… Car ici, vous le savez peut-être, c’est la triple frontière !
Nous nous installons dans une petite boulangerie pour prendre un petit déjeuner, puis nous partons vers la frontière brésilienne, plus pour le symbole que pour l’intérêt du lieu à proprement parler. Le moment est tout de même assez drôle, en montant sur le mirador qui marque la frontière, le téléphone d’Angélica change immédiatement d’heure pour se mettre à l’heure brésilienne !
Nous nous rendons finalement au parc Santander, même si ce n’est pas l’heure pour observer les milliers de perroquets qui viennent y nicher le soir venu, puis devant le musée ethnographique de Leticia, fermé en ce dimanche, mais que nous ne manquerons pas de visiter le dernier jour avant de prendre l’avion du retour.














Première navigation sur le fleuve Amazone
Leticia est une ville en mouvement perpétuel, beaucoup de voitures, de motos, de tuk-tuk, beaucoup de bruits, d’ambiances, d’odeurs, beaucoup d’animation et de vie, en particulier autour du muelle turistico où nous allons attendre le départ de notre bateau.
Il est 12h quand nous prenons enfin la « route », ou plutôt le fleuve ! Nous voici enfin sur le tant attendu « Amazone » ! Car si l’on vient à Leticia, c’est aussi, et surtout, pour naviguer sur le plus grand fleuve du monde… et on peut vous assurer que le mythe n’est pas usurpé.
Sentir le vent souffler sur le visage en naviguant sur les eaux du fleuve Amazone serpentant au milieu de la plus grande forêt au monde est une expérience qui, lorsqu’on a le voyage un peu mystique, une expérience qui marque. Il y a l’Himalaya, il y a le Cap Horn, il y a le désert du Sahara, il y a le Groenland… et il y a le fleuve Amazone.











Arrivée dans la communauté indigène
Après 1h30 de trajet, nous arrivons finalement à la communauté où nous attend notre premier déjeuner. Nous sommes accueillis par Luci, la femme d’Henry qui, accompagnée d’autres femmes de la communauté, va nous préparer un délicieux repas. Et ce sera la constante durant nos 5 jours sur place ! À dire vrai, après avoir entendu des témoignages de certains voyageurs, nous étions préparés psychologiquement à manger tous les jours la même chose… grave erreur ! Ici, tous les jours, nous avons eu des surprises, notamment des jus de fruits toujours plus surprenants les uns que les autres et la qualité de la cuisine étaient vraiment au rendez-vous.
Après ce bon repas, nous partons nous enregistrer au centre communautaire. Ici, le tourisme est communautaire dans le plus strict sens du terme. Cette communauté indigène a été pionnière dans ce domaine et fait office de modèle de développement touristique pour les communautés voisines. Le tourisme a été vu comme un moteur de conservation et de protection de la nature, mais aussi comme une source de revenus pour améliorer la vie de la communauté. Tout est organisé pour que l’impact du tourisme soit le plus positif pour le plus d’habitants possible.






Observation des dauphins
Il est 16h et il est temps de monter dans la lancha pour aller observer nos premiers dauphins d’Amazonie ! Nous traversons le fleuve Amazone jusqu’à la rive péruvienne, Henry et Gilberto sont experts pour trouver les meilleurs sites d’observation. Nous coupons le moteur et nous laissons porter par le courant quand surgissent les premiers ailerons de dauphin gris… même si nous avons déjà pu les observer dans le Guaviare et le Guainia, l’émotion reste intacte !
Nous avons la chance de voir plusieurs groupes de petits dauphins gris (Sotalia fluviatilis), puis de voir surgir au loin, contrastant avec les eaux ocre du fleuve, le corps éclatant d’un dauphin rose (Inia geoffrensis). Il s’agit des deux espèces de dauphins présents dans le fleuve Amazone.
Nous profitons de ce moment hors du temps, le ciel se charge, au loin tout autour de nous, orages et pluie tombent, le soleil se met de la partie pour nous offrir le plus beau des arcs-en-ciel sur le fleuve et la forêt amazonienne… première impression et première claque.
Bienvenue en Amazonie !









Randonnée nocturne
Pour bien finir notre arrivée en Amazonie, nous partons pour une petite randonnée nocturne dans la forêt secondaire autour de la communauté.
Nous découvrons les bruits, les insectes et les énormes mygales qui peuplent la forêt et s’activent quand la nuit tombe.
Henry propose une véritable immersion dans la forêt avec nuit en campement, mais ce sera pour une autre fois.




Jour 2 – Comunauté de Mocagua, Singes et oiseaux
Bon à savoir
La communauté de Mocagua
Mocagua est un resguardo indigène pluriethnique d’environ 1000 habitants, principalement Ticuna, mais aussi Cocama, Yagua, Uitoto et Ocaina.
La communauté de Mocagua est dirigée par un curaca, élu chaque année avec son cabildo, chargé de la représenter face à l’État et d’assurer le gouvernement interne. L’économie locale repose sur la pêche, l’agriculture vivrière (manioc, maïs, plantain), l’artisanat et l’écotourisme communautaire. Celui-ci est structuré par une Secretaría de Ecoturismo, organe collectif composé de représentants de chaque secteur (hébergements, transport, guides, restaurants, artisans…) auxquels s’ajoutent un coordinateur général, des membres de la garde indigène et des anciens.
Les revenus issus du tourisme sont versés dans un Fonds communautaire servant à financer les investissements collectifs et la fondation Maikuchiga qui a joué un rôle pionnier en attirant les premiers visiteurs.
Un accord de cogestion entre la communauté de Mocagua et les Parcs nationaux de Colombie encadre la protection conjointe du territoire et du Parc naturel Amacayacu, un modèle considéré comme exemplaire en Amazonie colombienne. Les guides de la communauté de Mocagua sont parmi les seuls autorisés à guider les touristes dans la forêt du parc naturel.
Sentier Ome Maü des singes de Mocagua
Aujourd’hui nous allons découvrir le projet de conservation de la communauté de Mocagua porté par leur fondation Maikuchiga. Nous partons depuis le village avec Andrea, une des participantes au projet qui nous guide pour nous enfoncer dans la forêt.
La fondation Maïkuchiga œuvre à la protection des primates en récupérant des animaux victimes du trafic. Un long processus de réhabilitation à la vie sauvage est mis en place, qui peut durer plusieurs années, avant que les singes puissent reprendre leur vie sauvage dans la forêt.
Pour permettre aux visiteurs de venir observer les signes laineux, la communauté de Mocagua a ouvert le sentier Ome Maü qui est en quelque sorte l’antithèse de la trop fameuse Isla de los Micos. Ici, aucune interaction avec les singes n’est autorisée. Bien sûr, le fait que cela soit des animaux en réhabilitation fait que l’observation est facilitée, mais aucun cirque n’est mis en place, aucune incitation à l’interaction, aucune pratique visant à attirer les singes avec de la nourriture ou autres mauvaises pratiques entraînant des changements comportementaux.
La principale espèce concernée par le projet de conservation est le singe laineux (Lagothrix), un primate en danger d’extinction. Mais, d’autres espèces font également partie du programme et, surtout, le sentier Ome Maü a été pour nous l’occasion de croiser d’autres espèces de primates, incluant le zogui-zogui (Cheracebus lugens) et le ouistiti pygmée (Cebuella pygmaea), des tamarins à selle (Saguinus fuscicollis)…
Comme toujours avec l’observation de la faune sauvage, rien n’est garanti et c’est cela qu’on aime ! Alors, venez avec votre meilleure énergie et vous serez sûrement récompensé.
Bon à savoir
Fondation Maikuchiga
Créée par John Jairo Vazquez Gonzalez, leader indigène de la communauté de Mocagua, et la biologiste américaine Sara Bennett, la fondation Maikuchiga travaille depuis 2006 à la protection des primates de la région en lien étroit avec toute la communauté.
La fondation a plusieurs objectifs : la réhabilitation d’espèces victimes du trafic, le monitorage des espèces présentes dans la forêt de la communauté (190.000 hectares), et l’éducation à la fois des touristes, mais aussi de la communauté elle-même.
Il faut comprendre que les singes ont toujours fait partie de l’alimentation de base des communautés indigènes depuis la nuit des temps. Avec le risque de disparition de certaines espèces, notamment le singe laineux, pièce maîtresse de l’équilibre de l’écosystème de la forêt amazonienne.
La fondation a joué un rôle crucial pour changer les mentalités et faire que les chasseurs du passé deviennent les protecteurs d’aujourd’hui.
Et pour cela il fallait trouver un moyen pour que l’arrêt de la chasse soit compensé d’une manière ou d’une autre. Et c’est là que le tourisme est entré en jeu, en proposant une alternative financière à travers la formation des anciens chasseurs comme guides touristiques.













Musée ethnographique de Mocagua
En sortant du sentier Ome Maü, nous avons un peu de temps avant l’heure du déjeuner. Nous en profitons pour aller découvrir le petit musée ethnographique de Mocagua et rencontrons Lay, passionnée par sa culture et son désir de la partager et qui s’occupe du musée.
Créé par ses parents, ce musée vise à donner à comprendre les traditions Ticuna et à maintenir les savoirs ancestraux, notamment avec des ateliers entre anciens et jeunes de la communauté.
On en apprend un peu plus sur la cosmogonie Ticuna, les ustensiles traditionnels pour cuisiner, pêcher, chasser, le rôle de la cuisine, et sur le rituel de passage à l’âge adulte, appelé « Pelazon ».
Recommandé !





Observation des oiseaux
Un bon repas et une petite sieste plus tard, nous avons rendez-vous avec Victoria, membre de l’association GOAM (Grupo Organisado Aviturismo de Mocagua), une initiative indigène multiethnique qui utilise l’observation des oiseaux pour la conservation des écosystèmes fragiles et la protection du Piurí (Crax globulosa) espèce menacée présente sur l’île de Mocagua.
Ils opèrent dans la communauté de Mocagua, un territoire stratégique situé entre le fleuve Amazone et la forêt du parc national naturel d’Amacayacu, faisant de l’observation des oiseaux une alternative économique durable.
Ce groupe est un exemple de la manière dont les communautés locales mènent la protection de la biodiversité amazonienne, en intégrant les connaissances ancestrales à la science moderne pour la surveillance de l’avifaune.
Malheureusement le climat n’est pas avec nous et l’orage tombe à grosses eaux. Une petite fenêtre s’ouvre malgré tout et nous partons en barque à la découverte des oiseaux présents en bordure de rivière (pour rappel nous sommes en saison de hautes eaux et forêt inondée).









En entrant sur la rivière Matamata, l’observation des oiseaux se transforme vite en observation de primates avec la rencontre d’un troupeau de plus d’une cinquantaine de singes écureuils passant de branche à branche à toute vitesse !






Sur le chemin du retour, nous découvrons pour la première fois ces paysages de forêt inondée exceptionnelle. Nous naviguons, moteur coupé à travers les arbres immergés, le paysages est féérique.
Vous hésitez encore ?
Discutez de vos envies avec Henry








Jour 3 — Chagra, maloka, plantes médicinales et sortie nocturne
Aujourd’hui nous partons vers la communauté Ticuna de San Martin de Amacayacu. Situé à environ 30 minutes en lancha en s’enfonçant dans les méandres d’un bras de l’Amazone bien nommé Amacayacu, « la rivière des hamacs », pour des raisons que vous connaîtrez sûrement si vous venez visiter cette communauté.
Nous accostons à San Martin où nous allons passer la journée en compagnie d’un ancien de la communauté. Si certaines activités sont prévues, le fil rouge de cette journée seront les rencontres informelles que nous y ferons, les scènes de vie que nous observerons, les échanges que nous provoquerons… à commencer dès notre arrivée par découvrir la préparation du Casabe en train de se faire, un met à base de Manioc, typique de la gastronomie indigène amazonienne.
Plantes médicinales
Nous partons avec le vieux sage pour découvrir certaines plantes utilisées dans la médecine traditionnelle indigène. Si le petit jardin botanique est intéressant, cela le sera encore plus quand nous partirons dans la forêt et que nous découvrirons les usages de certains arbres et plantes que nous croiserons sur le chemin.
La Chagra
Nous nous dirigeons vers la Chagra de Victor.
La Chagra, c’est le jardin potager des communautés indigènes. C’est un concept de culture vivrière commun à tous presque les peuples autochtones de Colombie. Dans le cas des Ticunas on pratique le système de l’abattis-brûlis.
La parcelle de forêt est coupée, séchée, puis brûlée, créant une clairière. On y cultive le manioc, le plantain et d’autres fruits et légumes et on utilise les cendres comme engrais naturel. Après 2-3 ans de culture, la parcelle est abandonnée. La forêt revient (recrû), ce qui restaure la fertilité du sol sur une période de 10 à 30 ans.
Traditionnellement les populations indigènes étaient nomades et se déplaçaient vers de nouvelles parcelles, permettant aux anciennes de se régénérer.








La Maloca
De retour au village, nous nous dirigeons vers la Maloca du village, située à côté de l’école.
La Maloca est un lieu sacré pour les communautés indigènes. C’est un lieu complexe à comprendre. La Maloca symbolise à la fois la communauté elle-même, ses membres, mais aussi le chaman qui y pratique ses rituels, et la relation entre le monde des esprits et le monde des vivants.
Victor tente avec ses mots de nous expliquer tout cela, de nous conter des mythes et légendes Ticuna, c’est chaotique, difficile à démêler, mais nous savons que ce n’est pas en 1h de conversation que ce lieu si important peut être expliqué.
Après avoir procédé à l’harmonisation de la Maloca à l’aide du Copal, une résine issue de l’arbre du même nom, Victor nous fait passer l’un après l’autre au centre de la Maloca pour un petit rituel de purification.









Des rencontres
Comme évoqué plus haut, plus que les activités proposées durant cette journée, ce sont les rencontres que nous avons vécues qui ont marqué cette journée.
Les discussions avec les habitants se sont multipliés, ici autour du feu pour sécher le manioc, là autour des mains agiles des femmes préparant la fibre de Chambira, servant à tout l’artisanat fabriqué dans les communautés indigènes de la région, ou encore en passant sur le chantier d’une Minga, cette forme communautaire de travailler en groupe pour le bénéfice d’une personne de la communauté.
Nous repartons de la communauté le sourire aux lèvres en enviant les enfants se rafraîchissant dans les eaux de la rivière. Sur le retour, nous entrons dans la forêt inondée à travers des tunnels ouverts, paysage fascinant préalable à ce que nous vivrons dans la nuit.
Arrivés sur le fleuve Amazone, nous croisons à nouveau nos amis dauphins gris (Sotalia fluviatilis), qui nous font offre leur danse avant de reprendre la route vers notre hébergement.












Sortie nocturne en bateau dans la forêt inondée
Après le dîner, nous repartons naviguer sur le rio Matamata à la lumière des frontales et entrons dans la forêt inondée. Le spectacle est fascinant, difficile à décrire, on ne peut s’imaginer ce que cette expérience représente tant qu’on ne l’a pas vécu…
À la lumière des torches c’est comme si la forêt révélait une identité cachée, une face totalement invisible de jour, car nous sommes bien passés par les mêmes tunnels de forêt quelques heures auparavant !
Le moment est magique et restera comme l’un des souvenirs marquants de notre voyage en Amazonie.




Jour 4 — Paresseux, Victoria Regia, Puerto Nariño et lacs de Tarapoto
C’est un jour que nous attendons depuis que nous sommes arrivés ! Nous partons au Pérou, découvrir un projet de conservation des paresseux porté par une communauté indigène péruvienne.
Nous naviguons sur le fleuve en direction de Puerto Nariño et bifurquons dans un bras calme, la végétation change, et nous arrivons à la communauté d’Altamira. Un guide local va nous accompagner toute la matinée à travers sentiers et canaux.
Le Pérou et les Guacamayas
Depuis le début du séjour, nous parlons avec Henry de notre rêve de pouvoir observer les Guacamayas (Aras rouges) dans leur milieu naturel, admirer leurs incroyables plumages et les voir voler en liberté. Jusque-là nous n’avions eu à faire qu’à des spécimens retenus et nourris par des humains.
En arrivant, Henry parle avec El Gato notre guide péruvien, et, comme par magie, il nous emmène à deux pas de là pour aller observer un grand arbre bordant la lagune. Et tout là-haut dans un trou au milieu du tronc, que voit-on ? Une Guacamaya en train de nicher ! Plus arrive le conjoint de son vol majestueux ! La magie est totale. On ne pouvait rêver ça…
On mitraille de photos le couple dans son nid et on attend, en croisant les doigts, pour qu’un des oiseaux décide de repartir du foyer… et là, la magie opère à nouveau ! Une Guacamaya s’envole et clic ! La photo est là pour enfin pouvoir nous souvenir de ce moment que nous attendions depuis si longtemps.



Les paresseux pas si paresseux !
C’est pour cela que nous sommes venus. La communauté fait un travail de protection et de monitorage des paresseux présent sur leur territoire. Comme à Mocagua, il aura fallu un travail d’éducation pour transformer les habitudes, et convertir les chasseurs en guide naturaliste.
Et là encore on est sur un modèle vertueux, les paresseux sont dans leur élément naturel, sans interaction, sans intervention humaine, sans mise en scène.
Et là encore, nous avons de la chance ! Les paresseux aujourd’hui sont actifs, ils se déplacent, cherchent à manger, et nous offrent un spectacle de premier plan. Et figurez-vous qu’un paresseux qui s’active n’est pas si lent que ça.
Bon à savoir
Pourquoi le paresseux est-il si lent ?
Si le paresseux est si lent dans ses mouvements, c’est à cause de son régime alimentaire pauvre en calories qui lui impose un métabolisme très bas et donc une nécessité d’économiser au maximum son énergie !
Le paresseux, une pharmacie ambulante ?
La fourrure du paresseux abrite un véritable écosystème miniature : algues, champignons, bactéries, mites et papillons y cohabitent. En 2014, des chercheurs du Smithsonian ont révélé que certaines souches de champignons prélevés sur le paresseux pourraient aider à lutter contre le parasite du paludisme, celui de la maladie de Chagas, et même contre des cellules de cancer du sein. En prime, cette couverture verdâtre d’algues et de champignons offre au paresseux un camouflage naturel dans la canopée, le rendant quasi invisible pour les prédateurs.








Ah oui, et les toucans (Pteroglossus castanotis) c’est cadeau !
La Victoria Regia
Nous poursuivons notre découverte en prenant une pirogue en direction d’un petit lac aux eaux tranquilles, entouré d’une végétation luxuriante et laissant apparaître le nénuphar roi de l’Amazonie, le fameux Victoria Regia, nénuphars géants dont les feuilles peuvent atteindre jusqu’à deux mètres de diamètre.
Les voir dans leur milieu naturel, flottant sur une eau noire comme de l’encre, est une de ces images qu’aucune photo ne restitue vraiment.
On découvre les différentes étapes de croissance du nénuphar, c’est la saison de floraison et, encore une fois, désolés on se répète, le spectacle est grandiose. La majesté de ces plantes est vraiment impressionnante.
Il est temps de repartir vers Puerto Nariño, avec des étoiles plein les yeux, et l’on se dit que, décidément l’Amazonie ne cessera de nous surprendre.






Puerto Nariño
De la rive péruvienne, nous embarquons en direction de Puerto Nariño, la deuxième plus grande municipalité du département Amazonas, après Leticia. Ici, les autorités ont décidé d’interdire les véhicules motorisés (pas de voiture, pas de motos, pas de tuk-tuk). Le village est suffisamment petit pour pouvoir tout faire à pied.
Il règne à Puerto Nariño une ambiance un peu balnéaire. On y croise de nombreux touristes étrangers. L’ambiance est radicalement différente avec tout ce que l’on a vécu jusqu’ici et, à vrai dire, le charme n’opère pas tellement. Cela nous confirme encore une fois que nous avons pris la bonne décision en nous concentrant sur ce qui fait l’essence de la région, son fleuve, sa forêt et ses communautés indigènes.
Reste que le village est joli, avec ses ruelles bordées de palmiers et ses maisons colorées. On découvre une fabrique de chocolat local (pour rappel, le cacao vient d’Amazonie), on passe au mirador Naipata, mais malheureusement, Samuel n’est pas en grande forme et nous allons devoir écourter notre découverte de Puerto Nariño et des lacs de Tarapoto voisins.

Le conseil d’Angélica & Samuel
Vous l’aurez compris, nous ne recommandons pas de loger en ville, que cela soit à Leticia ou à Puerto Nariño. Et après l’avoir vécu nous vous assurons que l’expérience de rester dans une communauté est la meilleure façon de découvrir l’Amazonie.









Lagos de Tarapoto
Nous reprenons la navigation vers les lacs de Tarapoto, dont nous ne pourrons pas vraiment admirer toute l’étendue par compassion pour l’état de Samuel, qui, malgré tout, tient le choc pour nous permettre de pouvoir en profiter un minimum.
Nous nous arrêtons dans un coin tranquille, c’est le moment que tout le monde attend : le moment de la baignade ! Plonger dans les eaux chaudes et noires de l’Amazone est une expérience à vivre au moins une fois dans sa vie… la joie se fait sentir sur les visages, l’eau joue aux effets de miroir, le paysage est d’une tranquillité absolue.
Nous repartons rafraîchis et sereins, après une journée riche en émotion !






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Jour 5 — Le Ceiba, artisanat Tikuna et retour à Leticia
Et voilà le dernier jour est arrivé ! Tout est passé comme dans un rêve. Nous allons dire au revoir à ce territoire unique, mais, avant de partir, nous voulions absolument aller saluer l’arbre sacré pour les communautés Ticuna, le Ceiba, le géant d’Amazonie.
Le Ceiba, l’arbre sacré de l’Amazonie
Nous partons pour une petite heure de marche dans la forêt. Sur le chemin, nous faisons la rencontre d’une petite famille de singes Zoguis-Zoguis. Henry et Gilberto nous assurent qu’il est très rare de les voir d’aussi près et aussi facilement.
Encore une fois la nature nous régale de cadeaux inattendus.
Nous arrivons finalement au pied du Ceiba (Ceiba pentandra), l’un des plus grands arbres d’Amazonie. Ce géant peut dépasser 60 mètres de hauteur, émergeant au-dessus de la canopée comme une sentinelle.
Écologiquement, le Ceiba abrite tout un écosystème : ses branches couvertes d’épiphytes abritent insectes, grenouilles, serpents, singes et oiseaux. Ses fruits libèrent le kapok, une fibre soyeuse et imputrescible que les peuples amazoniens utilisent depuis des siècles.
Mais le Ceiba est bien plus qu’un arbre. Pour de nombreuses communautés indigènes de Colombie, il incarne l’axe du monde reliant par ses racines le monde souterrain, par son tronc le monde des vivants, et par sa couronne le monde des esprits.
Bon à savoir
Le ceiba et le mythe de la création du monde
Pour les Ticuna, le plus grand peuple indigène d’Amazonie, présent en Colombie, au Brésil et au Pérou, au commencement des temps, l’univers était plongé dans l’obscurité : un ceiba gigantesque se dressait au centre de la forêt et sa couronne immense cachait la lumière du soleil.
Yoí et Ipi, les héros jumeaux fils de Ngütapa, décidèrent de mettre fin aux ténèbres. Avec l’aide des animaux de la jungle, ils abattirent l’arbre colossal après des mois d’efforts. Là où le tronc s’écrasa naquit le fleuve Amazone, ses branches devinrent les affluents, et ses innombrables feuilles, de tailles et de couleurs différentes, se transformèrent en poissons, poissons qui seraient pêchés par Yoi et Ipi pour créer le peuple Ticuna.
Pour les Ticuna, le Ceiba est aussi la demeure de la Kurupira, esprit protecteur et mère de la forêt amazonienne, un arbre sacré, qu’il ne faut jamais abattre, sous peine de rompre l’équilibre du monde.











Atelier artisanat
De retour à notre hébergement, Henry nous a organisé une rencontre avec une grand-mère qui pratique l’art du tissage de la fibre de Chambira (Astrocaryum chambira). Il y a tout un long processus pour arriver à fabriquer ne serait-ce que le fil qui permettra de fabriquer des objets et des bijoux.
Collecte de la palme, extraction de la fibre, séchage, teinture, puis vient la torsion. Chez les Ticuna et d’autres peuples amazoniens, cette opération se fait traditionnellement à la main, en roulant les fibres sur la cuisse. On tord d’abord chaque brin en le roulant vers l’avant sur la cuisse, puis ramène les deux brins ensemble en les roulant dans le sens opposé, ce qui les verrouille naturellement l’un autour de l’autre.
Et il est temps de fabriquer un petit bracelet que l’on pourra ramener à la maison !

Le conseil d’Angélica & Samuel
L’artisanat fait partie des principales sources de revenus pour les communautés indigènes de la région. N’hésitez pas à mettre la main à la poche pour soutenir le travail des artisans locaux.



Le retour à Leticia
Après un dernier repas préparé avec amour par Luci, et des adieux qui, on l’espère, ne seront que des au revoir, nous repartons plein de gratitude pour ces quelques jours passés avec des êtres humains si chaleureux au cœur d’un territoire si impressionnant.
Le fleuve Amazone nous ouvre une dernière fois ses bras pour un dernier voyage. Puis nous retrouvons le tumulte de Leticia, sas de décompression vers un retour à la réalité bogotanaise…
Nous prenons le temps d’écouter les perroquets qui, cette fois, sont bien au rendez-vous, nous prenons le temps de visiter le musée ethnographique qui nous avait manqué le premier jour, nous prenons le temps de partager ce moment avec une médiatrice indigène qui partage avec nous ses interprétations des pièces présentées dans le musée, une conclusion d’une incroyable richesse qui vient clore magnifiquement ce séjour en Amazonie.
Il est 19h, nous décollons. Il fait nuit et nous ne voyons pas l’immensité de la forêt amazonienne s’étendre sous nos pieds. Nous l’imaginons juste, comme nous l’avons découvert, pleine d’histoires, de secrets, de sagesse, de savoirs à partager avec le monde.
Merci Henry, Luci, Gilberto, et tous nos guides de nous avoir permis de découvrir un petit bout de votre territoire ancestral d’une manière aussi exceptionnelle. Tout était parfait.
À lire pour préparer votre séjour en Amazonie

Vivre cette expérience
Séjour organisé par Henry, opérateur indigène Ticuna
Tourisme responsable
Henry est membre d’une communauté indigène Tikuna située sur le fleuve Amazone entre Leticia et Puerto Nariño. Il propose de nombreuses expériences d’immersion dans la nature et la culture, un tourisme responsable et communautaire dans la forêt amazonienne. L’idéal pour vivre une expérience authentique et bien organisée.









