Préambule
Cet article propose une lecture du conflit armé colombien destinée à aider les voyageurs à mieux comprendre la Colombie aujourd’hui. Il ne vise pas l’exhaustivité ni prétend être une analyse de spécialiste. Il ne remplace pas les informations actualisées nécessaires pour organiser un itinéraire. Vous trouverez en fin d’article les sources et références qui ont servi à sa rédaction.
Voyager en Colombie aujourd’hui, c’est découvrir un pays aux paysages et aux cultures très contrastés d’une région à l’autre, mais aussi des inégalités territoriales que le voyageur perçoit sans forcément savoir qu’elles sont l’héritage d’une histoire complexe.
Ces contrastes ne relèvent ni du hasard ni d’une simple opposition entre zones « sûres » et zones « à éviter ». Ils sont le produit de la manière dont la Colombie s’est construite en tant que nation depuis la colonisation jusqu’à aujourd’hui, marquée par des inégalités territoriales durables et le recours à la violence comme mode de régulation sociale.
Beaucoup de voyageurs arrivent ainsi avec des représentations héritées d’une autre époque : insécurité généralisée, peur diffuse, régions perçues comme durablement fermées. Mais il faut reconnaître que ces représentations ne sortent pas de nulle part. Certaines violences ont marqué des territoires, des populations et l’image internationale du pays.
Si, comme voyageur, vous voulez éclairer votre regard sur la Colombie contemporaine, alors lire cet article avant ou pendant un voyage vous aidera à éviter les conclusions rapides sur la sécurité ou la situation politique du pays.
Sommaire
Qu’appelle-t-on le conflit armé colombien ?
Le conflit armé colombien ne correspond pas à une guerre « classique », c’est-à-dire à une confrontation homogène et continue entre deux armées officielles et distinctes. Il renvoie plutôt à un ensemble de violences armées distinctes, apparues à des moments différents, portées par plusieurs guérillas, des groupes paramilitaires et les forces étatiques, et ancrées dans des réalités territoriales spécifiques.
Trois caractéristiques permettent de le définir clairement.
- Sa durée : c’est l’un des plus vieux conflits armés au monde, s’étalant sur plus de 70 ans, avec des intensités de violence très variables selon les territoires et les époques
- La multiplicité des acteurs impliqués : des dizaines de groupes armés différents, dont les logiques ont souvent été liées au contrôle de zones rurales ou périphériques, avant d’être formulées, selon les contextes, en projets idéologiques à portée nationale.
- Son caractère profondément régional : si, au fil du temps, l’ensemble du territoire a été touché de près ou de loin par le conflit, certaines régions rurales en marge des grands axes ont été durablement transformées, tandis que d’autres, mieux connectées, ont pu se développer avec moins de ruptures visibles.
Conséquence directe pour le voyageur : Les écarts dans les réalités historiques régionales, les conditions d’accès, les offres et les équipements touristiques font qu’on ne “traverse” pas la Colombie de manière uniforme.
Racines historiques du conflit : une violence ancienne et territoriale
En résumé
Après l’indépendance, la concentration des terres limite l’accès des paysans à la propriété foncière. Tensions rurales, répression et recours à la justice privée se développent dans un contexte d’État central faiblement présent hors des centres urbains. Le bipartisme politise les territoires, banalise la violence et prépare le terrain à La Violencia.
Au 19e siècle, après l’indépendance de la Colombie, l’accès à la terre constitue une source majeure de tensions héritée de l’époque coloniale. Les élites concentrent la majorité du foncier. À cette époque, l’expansion agricole repose largement sur l’occupation de terres dites « baldias » (sans titres de propriété). Mais quand celles-ci viennent à être légalisées, elles le sont au profit de notables influents plutôt qu’à celui des paysans qui travaillent effectivement la terre.
En parallèle, le bipartisme libéral-conservateur hérité de l’indépendance et des guerres civiles qui ont suivi tout au long du 19e siècle structure la société colombienne au delà du simple cadre idéologique.
Dans de nombreuses zones rurales où la présence de l’État reste limitée, les gamonales, grands propriétaires terriens, exercent une influence déterminante sur la vie sociale locale : justice, police et administration se confondent avec leurs intérêts fonciers et partisans. Cette confusion contribue à banaliser le recours à la justice privée et à installer la violence comme mode d’arbitrage.
Au début du 20e siècle, la Colombie connaît un boom économique lié à l’exportation du café qui va accentuer les inégalités territoriales. Certaines régions se développent grâce notamment à la construction de nouvelles infrastructures (routes, chemin de fer, etc.) pendant que d’autres restent à l’écart de la modernisation.
Au niveau mondial, tout comme en Colombie, les mouvements paysans s’organisent politiquement. Les protestations sont violemment réprimées, favorisant localement des affrontements entre groupes armés liés aux gamonales et milices d’autodéfense paysannes.
La montée des conflits agraires et le contexte explosif constituent le cadre dans lequel va s’ouvrir une nouvelle étape de l’histoire colombienne, « La Violencia ».
La « Violencia » et la rupture du milieu du XXe siècle
En résumé
La Violencia désigne une période de violence politique massive entre partisans des partis libéraux et conservateurs. Elle installe durablement la violence comme fait politique, provoque des déplacements de population, accentue les inégalités, fragilise la confiance en l’État et crée le terreau social à la création des premières guérillas.
Comme nous l’avons vu, à l’aube de la Violencia, la Colombie est une poudrière prête à exploser. En 1948, l’assassinat du leader libéral Jorge Eliécer Gaitán est considéré comme l’étincelle qui va déclencher les violences qui vont opposer principalement des civils associés aux partis libéral et conservateur.
Contrairement à une guerre civile classique, La Violencia n’est pas un affrontement entre armées organisées, mais d’une série de violences menées par les milices des partis et exercées à une échelle majoritairement rurale.
Dans de nombreuses zones, l’appartenance politique, réelle ou supposée, suffit à exposer des familles entières à la menace, à l’expulsion ou à la mort. Ce mécanisme se reproduira plus tard à l’identique pour justifier les massacres de civils supposément favorables aux guérillas ou de familles supposément alliées aux paramilitaires.
Les conséquences humaines sont considérables : les travaux historiques convergent vers un ordre de grandeur de 200 000 à 300 000 morts, sans chiffre définitif possible. L’impact au niveau territorial est immense et cette période va transformer durablement les relations sociales dans les campagnes. Méfiance généralisée, abandon de terres, déplacement forcé vers les villes ou vers d’autres régions, désorganisation des économies rurales accentuent des déséquilibres entre territoires qui se prolongent bien au delà de la période de La Violencia.
Cette période renforce encore la perte de confiance envers les pouvoirs locaux, souvent perçue comme partisan, absent ou incapable de protéger les populations. Cette période de l’histoire colombienne reste encore présente dans les mémoires familiales et les récits que le voyageur peut entendre aujourd’hui selon les territoires traversés.
Important
Les historiens soulignent que les chiffres de victimes sont des estimations et que les faits et conséquences varient fortement selon les régions.
Naissance des guérillas et groupes paramilitaires : une guerre aux acteurs multiples
En résumé
Guérillas et paramilitaires ne naissent pas au même moment ni pour les mêmes raisons. Les premières s’organisent surtout dans les campagnes marquées les combats pour l’accès à la terre ; les seconds apparaissent plus tard, dans une logique de protection d’intérêts privés.
Dans les années qui suivent la fin de La Violencia, la violence ne disparaît pas des territoires ruraux colombiens. Même si au niveau national les tensions politiques se calment au profit d’accords entre partis conservateurs et libéraux, sur le terrain, rien n’est réglé.
C’est à partir de cet héritage que se forment, dans les années 1960, différentes guérillas. Certaines s’inscrivent dans une continuité avec les combats paysans antérieurs, combinée à des idéologies révolutionnaires émergentes, tandis que d’autres sont influencés par le contexte politique de la guerre froide. Leur implantation reste majoritairement rurale, dans des zones cumulant inégalités foncières persistantes, faible présence étatique et isolement territorial.
Dans la continuité des oppositions du passé autour des conflits agraires se structurent des groupes d’autodéfense privés, paramilitaires. Leur émergence est financée par des élites locales aux intérêts fonciers et facilitée par des dispositifs juridiques tolérant, voire encourageant, l’armement de civils. Ces groupes armés prolongent les pratiques violentes de justice privée déjà observées dans le passé, mais dans un contexte nouveau justifié par une logique contre-insurrectionnelle frôlant avec la sécurité nationale. De cette confusion naîtront les collusions entre État et groupes paramilitaires.
À la fin des années 1970, les acteurs du conflit armé sont multiples (plusieurs guérillas, plusieurs groupes paramilitaires). Les différents groupes se structurent localement sans véritable coordination nationale. L’État peine toujours à exercer une autorité territoriale stable dans de nombreuses zones rurales et voit d’un bon œil les groupes paramilitaires privés se positionner comme forces contre-insurrectionnelles. Les guérillas sont militairement actives, mais politiquement marginales. Tous ces groupes vont chercher de nouvelles sources économiques pour se renforcer.
Le rôle du narcotrafic et la transformation du conflit
En résumé
Le narcotrafic entre localement en interaction avec les différents acteurs du conflit armé (taxation, protection). Cet apport financier renforce les contrôles territoriaux et transforme définitivement les tenants du conflit.
Au tournant des années 1980, le narcotrafic s’insère progressivement dans un conflit armé jusque-là positionné sur des problématiques foncières. Les sources institutionnelles sont unanimes sur un point : il n’est pas à l’origine du conflit.
Il apparaît d’abord comme une économie illégale autonome, portée par la demande internationale, des réseaux criminels transnationaux et l’historique faiblesse du contrôle étatique dans certaines régions. La Colombie devient alors un espace de production et de transit (marijuana, puis cocaïne), sans lien structurel initial avec les guérillas ou les groupes paramilitaires.
C’est l’époque des puissants cartels colombiens qui vont jouer un rôle indirect, mais déterminant en finançant des groupes armés pour sécuriser des intérêts stratégiques, contribuant à l’expansion de structures paramilitaires locales, souvent en lien avec des élites foncières. Les contacts avec les guérillas existent aussi, mais relèvent surtout de transactions (paiement, non-agression, accords ponctuels), sans alliance idéologique ni pilotage centralisé.
La rencontre entre cartels, guérillas et groupes paramilitaires se fait de manière pragmatique, locale et opportuniste. Les trafiquants ont besoin de protection pour des routes, des laboratoires ou des propriétés ; des guérillas ou des groupes d’autodéfense cherchent des ressources. Des arrangements émergent : taxation, protection, coexistence temporaire. Encore une fois les situations sont très variables selon les territoires.
L’apport financier du narcotrafic accroît les capacités militaires des groupes armés, renforce des formes de contrôle territorial et favorise des pratiques de prédation, sans effacer immédiatement les motivations politiques. Ces effets pèsent durablement sur l’accès aux territoires et les rythmes de développement (touristiques ou simplement économiques), encore très variables d’une région à l’autre aujourd’hui.
Bon à savoir
Halte aux simplifications
Les investigations historiques des centres de mémoire excluent explicitement les simplifications : les guérillas ne naissent pas comme organisations criminelles, et le conflit ne se réduit pas à une “narco-guerre”. Comprendre ce point aide à interpréter certains récits et perceptions encore associés à des territoires lors d’un voyage aujourd’hui.
L’apogée du conflit et ses conséquences humaines et territoriales
En résumé
Cette période concentre un maximum de violence, marquée par la montée en puissance de chaque groupe armé et l’intensification des affrontements. Les conséquences sont majeurs sur le plan humain et territorial et rappel l’époque de la Violencia : nombreuses victimes, déplacements forcés, exode vers les périphéries urbaines, transformation durable de certains territoires.
À partir du milieu des années 1990, le contrôle du narcotrafic et des territoires de production de coca devient un élément central du conflit, qui entre dans sa phase la plus violente, en particulier pour les civils.
Les FARC (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia) étendent leur présence territoriale à un niveau inédit. Cette dynamique repose en partie sur les ressources issues de la taxation de l’économie de la coca, qui leur permet de consolider leur implantation dans plusieurs régions.
Dans le même temps, les violences augmentent, enlèvements, attentats, pressions sur les civils, tandis que le contrôle exercé sur les populations locales se durcit, notamment à travers le recrutement forcé de mineurs. Dans ces conditions, le rapport entre la guérilla et une partie du monde paysan se dégrade, et le soutien dont elle pouvait bénéficier tend à s’affaiblir.
Simultanément, le paramilitarisme connaît également son apogée. Les milices privées regroupées au sein des AUC (Autodefensas Unidas de Colombia) combinent contrôle des routes du narcotrafic et lutte pour l’accaparement foncier contre les guérillas.
Durant cette période, les statistiques officielles ont montré que les violences pratiquées par les paramilitaires contre les populations civiles sont particulièrement brutales et systématisées. Elles visent à contrôler les populations par la terreur, à éliminer toute base sociale réelle ou supposée de la guérilla et à remodeler durablement les équilibres locaux au profit d’intérêts politiques, économiques et fonciers.
En 2002, un accord commercial et militaire est signé entre le président colombien Alvaro Uribe et les Etats-Unis : le Plan Colombia. Militairement les objectifs sont la lutte contre les guérillas et les cultures illicites, ainsi que le renforcement la présence de l’État dans plusieurs régions du pays.
Durant le premier mandat d’Uribe, les opérations militaires contre les guérillas s’intensifie et entraine leur affaiblissement. Dans le même temps, une loi instaurant un régime pénal spécifique permet la dissolution formelle des AUC et la démobilisation d’une partie de leurs membres. Les effets immédiats se font sentir : les rapports institutionnels montrent une baisse importante des actes de violence à partir de 2006, même si dans les faits, de nouveau groupes paramilitaires vont se reformer sur les cendres des AUC.
Mais cette période va également s’accompagner de graves atteintes aux droits humains de l’armée colombienne.
Des travaux d’investigations officielles ont mis en évidence, dans certains contextes locaux, l’existence de relations entre des unités des forces armées et des structures paramilitaires impliquées dans des massacres de civils. Ces mêmes travaux font également état de pratiques d’exécutions extrajudiciaires visant des populations civiles, ensuite présentées comme des combattants de la guérilla afin d’améliorer artificiellement les résultats opérationnels de l’armée.
Ces pratiques, connues sous le nom de falsos positivos (« faux positifs »), ont été révélées par plusieurs enquêtes successives. Celles-ci insistent sur le rôle de mécanismes internes à l’armée colombienne, en particulier la pression exercée sur les unités pour produire des résultats mesurables. Des poursuites judiciaires ont été lancées à l’encontre d’Alvaro Uribe sans condamnation pénale définitive du chef de l’État à ce stade.
Cette période correspond au pic historique du nombre de victimes civiles documentées par les sources institutionnelles.
Repères culturels
Quelques lieux de mémoire pour contextualiser le conflit
Dans plusieurs villes colombiennes, des lieux institutionnels proposent un travail de mémoire et de contextualisation du conflit armé.
- Fragmentos à Bogota
- Centro de Memoria, Paz y Reconciliación à Bogota
- Museo Nacional de Colombia à Bogota
- Museo Casa de la Memoria à Medellin
- Casa de las Memorias del conflicto y la reconciliación à Cali
- Casa de la Memoria de Nariño à Tumaco
Les accords de paix et la Colombie contemporaine
En résumé
Les accords de paix de 2016 mettent fin aux combats entre l’état colombien et la guérilla FARC, instaurent une justice transitionnelle de vérité et favorisent la réintégration des ex-combattants. Mais la violence persiste localement, liée à des guérillas dissidences ou non-signataires des accords de paix et à des groupes paramilitaires qui se transforment en organisations criminelles.
Les négociations s’ouvrent alors que le conflit se poursuit encore sur certains territoires. Le constat est le suivant : les FARC sont affaiblies, les mesures répressives des années 2000 n’ont pas réussi à mettre fin au conflit et le coût humain de toutes ces années de guerre devient politiquement insoutenable.
Les accords de paix sont signés en 2016 entre l’État colombien et les FARC. Ils marquent un moment historique pour la Colombie. Mais ils ne résultent pas d’une victoire militaire ou d’un consensus social.
Parmi les effets majeurs des accords de paix reconnus par les rapports institutionnels, on peut citer :
- la fin des affrontements à grande échelle entre l’État et les FARC et la démobilisation de 13 000 combattants supervisée par l’ONU
- la création de la JEP (Jurisdicción Especial para la Paz), juridiction pénale visant la production de vérité sur le conflit armé colombien
- la création de programmes de reconversion économique, agricole, artisanale ou touristique à destination des ex-combattants.
Dans plusieurs régions rurales auparavant sous influence des FARC, d’anciens guérilleros participent à l’ouverture progressive de nouveaux territoires au tourisme. Ces avancées n’effacent toutefois pas toutes les violences. La démobilisation des FARC crée des vides territoriaux disputés par des dissidences, par d’autres guérillas et par des groupes armés post-paramilitaires, comme le Clan del Golfo.
Sous le gouvernement d’Iván Duque (2018–2022), la mise en œuvre de l’accord est freinée (réforme rurale, substitution des cultures, garanties de sécurité) ce qui alimente des tensions autour de la réintégration des combattants à la vie civile et des garanties de sécurité. Face à un État qui ne tient pas ses promesses, une partie des ex-combattants déçus rejoint les groupes armés dissidents.
L’arrivée de Gustavo Petro en 2022 marque une inflexion : relance politique de l’accord, soutien renforcé à la justice transitionnelle et stratégie de Paz total, sans pour autant obtenir des résultats probants.
Les accords de paix ne mettent donc pas fin aux violences. Elles se poursuivent sous d’autres formes, se concentrent sur des territoires plus réduits, avec parfois une présence simultanée de plusieurs acteurs armés sur une même région (guérillas dissidences, groupes post-paramilitaires, bandes criminelles…) le plus souvent à des fins de contrôle du narcotrafic et des économies illégales. Les répercussions violentes pour les populations qui vivent dans ces régions restent problématiques.
Bon à savoir
La JEP, c’est quoi ?
La JEP (Jurisdicción Especial para la Paz), un modèle de justice transitionnelle unique au monde. Pour la première fois, des crimes de masse commis par l’ensemble des acteurs armés sont reconnus dans un cadre institutionnel. Depuis 2016, en plaçant les victimes au cœur du processus, la JEP contribue sans relâche à la production de vérité sur le conflit armé colombien constituant l’un des héritages les plus durables des accords de paix.
Ce que les voyageurs doivent retenir pour comprendre la Colombie aujourd’hui
Important
Cet article apporte un cadre de compréhension historique destiné à éclairer la lecture du pays pour un voyageur visitant la Colombie. Il ne se substitue pas aux informations locales actualisées ni aux recommandations pratiques propres à chaque région visitée. Les situations peuvent évoluer rapidement et différemment selon les régions et les périodes.
Si vous êtes arrivés jusqu’ici, c’est que vous souhaitez voyager en Colombie en allant plus loin que le simple plaisir de découvrir ses paysages spectaculaires et ses cultures métissées.
Pour comprendre la Colombie aujourd’hui, vous devez commencer par comprendre que la Colombie ne se lit pas comme un bloc, mais plutôt comme une mosaïque. Les contrastes que l’on observe en voyageant dans le pays ne sont pas anecdotiques. Ils sont le produit d’une longue histoire marquée par les inégalités et les violences, les guerres civiles du 19e siècle, les affrontements politiques du 20e siècle et par le conflit armés colombiens, qui ont impacté ses régions de manière très hétérogène.
S’il partait au départ d’un conflit relativement clair, sous influence politique, entre intérêts de grands propriétaires fonciers et luttes paysannes, le conflit armé colombien s’est fragmenté dans le temps en une multitude de réalités locales et particulièrement complexes, entremêlant les problématiques sociales, les intérêts économiques ou personnels, les compromissions politiques, les trafics illégaux et n’a donc jamais été une guerre simple à comprendre.
En lisant cet article, vous l’avez compris, le conflit armé colombien s’inscrit dans la continuité d’une histoire colombienne violente remontant à l’époque coloniale. La Colombie n’a fait que reproduire des schémas où la violence s’est imposée comme mode de régulation sociale.
Certaines régions ont connu le contrôle des groupes armés, les violences, les déplacements forcés, les difficultés économiques et la stigmatisation, quand d’autres ont poursuivi leur développement avec moins de fractures visibles. Ces inégalités territoriales sont visibles aujourd’hui lorsqu’on visite la Colombie et expliquent des différences sensibles d’infrastructures, d’accès aux services publics, d’offres touristiques et de rapports à la sécurité.
Les représentations d’insécurité qui accompagnent souvent un voyage en Colombie ne sortent donc pas de nulle part. Elles s’ancrent dans des violences bien réelles, amplifiées à certaines périodes par la convergence entre guérillas, paramilitaires, cartels, armée régulière, bandes criminelles…
Mais les réduire à une lecture uniforme ou figée empêche de comprendre les transformations profondes du pays depuis les accords de paix de 2016. La fin des affrontements à grande échelle a modifié les dynamiques, sans effacer toutes les violences, désormais plus localisées et liées à des économies illégales.
Voyager en Colombie aujourd’hui suppose donc de renoncer aux conclusions rapides. Écouter les Colombiens, accepter la diversité des mémoires héritées du conflit armé et des violences du 20e siècle, et comprendre que la Colombie se décline au pluriel selon les territoires traversés. C’est à ce prix que vous pourrez peut-être dépasser les clichés et saisir la complexité d’un pays qui mérite d’être visité !
Comment aller plus loin pour mieux comprendre l’histoire du conflit armé en Colombie
Pour la plupart des voyageurs, cet article de synthèse devrait suffir à avoir une vue d’ensemble du conflit armé colombien. Mais nous rédigerons bientôt des articles complémentaires qui vous permettront de prolonger la compréhension d’approfondir certains aspects plus complexes.
Chaque article pourra être lu indépendamment :
- les racines historiques du conflit (article à venir)
- la période de La Violencia (article à venir)
- l’émergence des guérillas et des groupes paramilitaires (article à venir)
- l’impact du narcotrafic sur l’intensification du conflit et l’image du pays (article à venir)
- l’apogée du conflit dans les années 2000 (article à venir)
- les accords de paix et les transformations de la Colombie contemporaine (article à venir)
Aucun de ces articles n’est nécessaire pour voyager en Colombie, mais chacun vous apportera un éclairage complémentaire destiné à enrichir votre compréhension du pays.
Repères historiques et sources de référence
Cet article de synthèse s’appuie sur des travaux reconnus en histoire contemporaine de la Colombie, consacrés au conflit armé, à ses causes structurelles et à ses conséquences territoriales.
L’objectif n’est pas de proposer une analyse académique, mais de mobiliser des sources reconnues afin d’offrir une lecture nuancée et accessible, destinée à éclairer la compréhension de la Colombie d’aujourd’hui à la lumière de son histoire récente.
Les principaux repères mobilisés pour la rédaction de cette page incluent notamment les travaux suivants, couramment utilisés comme cadres d’analyse de l’histoire du pays :
Ouvrages et travaux de synthèse :
- Colombia: Fragmented Land, Divided Society de Marco Palacios & Frank Safford (Edition Oxford University Press, New York, 2001)
- Guerras, memoria e historia de Gonzalo Sánchez (Edition Editorial Universidad Nacional de Colombia, 2006)
- The Making of Modern Colombia de David Bushnell (Edition University of California Press, 1993)
Sources institutionnelles et rapports reconnus, utilisés comme cadres d’analyse et de contextualisation :
- Hay futuro, si hay verdad, rapport de synthèse issu des travaux de la Comisión para el Esclarecimiento de la Verdad
- Daños : análisis de los impactos del conflicto armado colombiano, publication du Centro Nacional de Memoria Histórica
- Colombia: territorios entre fracturas y oportunidades, publications du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD)
Approche éditoriale
Ces sources ont été retenues, car elles sont régulièrement mobilisées dans les travaux de synthèse sur l’histoire contemporaine de la Colombie et offrent des cadres d’analyse reconnus sur les effets du conflit à l’échelle des territoires.
Les éléments mobilisés concernent prioritairement les causes structurelles du conflit, ses effets sur l’occupation des espaces et les transformations observables depuis la fin des grandes phases de violence.
Les débats historiographiques spécialisés, les controverses politiques récentes et les situations locales très spécifiques ne sont volontairement pas traités ici, afin de conserver une lecture accessible et utile au voyageur.
Cette lecture ne vise ni à évaluer les conditions de sécurité ni à proposer des recommandations pratiques, qui relèvent d’informations locales actualisées.
L’objectif éditorial est de fournir un cadre de compréhension fondé sur des travaux reconnus, en reliant des faits historiques établis à des situations que le voyageur peut rencontrer aujourd’hui : organisation des territoires, récits locaux, rythmes d’ouverture touristique ou formes de mémoire encore sensibles.







