La Sierra Nevada de Santa Marta est un territoire où vivent quatre peuples autochtones descendant des Tayronas. Les quatre peuples sont les Wiwas, les Kankuamos, les Koguis, dont certains d’entre vous ont sûrement découvert l’existence en regardant le reportage Rendez-vous en terre inconnue, et les Arhuacos.

Les indigènes ont dû d’abord survivre à la colonisation espagnole, puis à la spoliation de leurs terres, puis au conflit armé entre la guérilla et les paramilitaires, puis à l’exploitation industrielle de leur territoire. Dans les années 1970, une loi a délimité un territoire considéré comme réserve indigène protégée. Depuis, le combat est quotidien pour récupérer par petits bouts des terres issues d’un territoire originel beaucoup plus vaste.

Bienvenue à la Sierra Nevada de Santa Marta, le coeur du monde pour les indigènes, territoire sacré où est née l’humanité tout entière. On ne vient pas ici pour voler des images « typiques » et faire son selfie avec un indigène, on ne vient pas ici pour alimenter ses futures soirées, ni pour vivre la fameuse expérience « authentique », on vient pour écouter, apprendre, comprendre, partager et échanger tout simplement.

Préparation à la Sierra Nevada

Tour Seydukwa avec Sierraventur Travel

paysage de la Sierra Nevada de Santa Marta

Palomino, septembre 2018.

Adrian, leader du projet Sierraventur Travel avec lequel nous allons partir deux jours à la découverte de la communauté indigène Arhuaca de Seydukwa, nous a donné rendez-vous à l’hostal Aluna pour un petit « briefing ». C’est un préalable important afin de « préparer » le voyageur et répondre aux questions qu’il pourrait se poser avant le départ. Nous avons passé plusieurs semaines à échanger avec Adrian via Whatsapp, le rencontrer « en vrai » nous fait plaisir, et sa maturité nous surprend. Du haut de ses 26 ans, Adrian porte un projet particulièrement mature, bien pensé et porteur d’espoir. Passé ce beau moment de rencontre, déjà riche, Adrian partira dans la nuit vers son village pour préparer notre arrivée le lendemain.

Au matin, nous avons rendez-vous aux abords de la station-service sur le Troncal del caribe pour retrouver Isaïas qui vient nous chercher pour nous guider dans la montagne vers le hameau de Seydukwa niché au bord du fleuve Palomino. Lorsqu’il arrive, nous découvrons un tout jeune homme d’une vingtaine d’années, les cheveux ébène, le regard vif. Il ne porte pas la tenue traditionnelle des indigènes de la Sierra, cette tunique blanche immaculée reconnaissable entre mille. Un maillot de foot bleu électrique, un pantalon de travail, des bottes et une machette, voilà pour commencer une salutaire mise à mal du tant attendu « folklore » indigène, celui que le touriste veut voir, celui que le touriste veut prendre en photo, cette folklorisation de la figure de l’indigène que justement Sierraventur veut combattre. Mais vous allez vous demander pourquoi Isaïas ne porte pas la tenue traditionnelle ? Tout simplement parce que le tissu de la tunique est très lourd et que donc c’est plus pratique de porter des vêtements légers pour marcher dans la montagne, porter du matériel, etc.

Isaïas nous annonce le menu, le chemin comportera 5 montées, dont deux, assez importantes, pour une marche d’environ 2h. Dans les faits, on est en montagne, donc ça grimpe fort, ça descend, rien de bien étrange jusque là. Ce qui diffère ici, c’est la chaleur. Il fait chaud, très chaud. Et il fait humide, très humide. Je pense n’avoir jamais autant transpiré de ma vie, j’ai dû perdre 100 litres d’eau pendant cette marche ! D’autant que j’étais chargé pour amener mon matériel photo, le drone, et les 3L d’eau pour les deux jours. Nous sommes accompagnés par Juan David qui revient pour la deuxième fois à Seydukwa et sa copine. Les discussions avec Isaïas vont bon train et il nous raconte que ça ne fait pas très longtemps qu’il est guide pour Sierraventur. C’est un des nombreux aspects importants du projet de Sierraventur Travel et c’est peut-être le moment de vous parler de la démarche de cette agence un peu spéciale.

Tourisme responsable

Tour Seydukwa avec Sierraventur Travel

Adrian de Sierranvetur travel tourisme responsable communautaire voyage en colombie

Sierraventur Travel est un projet de tourisme rural et communautaire porté par une communauté indigène Arhuaca.

Ce projet a vu le jour en réponse aux effets négatifs de l’explosion du tourisme à Palomino depuis 2010 sur les communautés indigènes de la zone. Pendant de nombreuses années les indigènes se sont vus exploités par certains guides qui amenaient des groupes assez nombreux dans les villages de la montagne sans réelle compensation : un sac de riz par là, un paquet de café par ci pendant qu’ils faisaient payer le touriste monnaie sonnante et trébuchante. Ils racontaient également leur histoire à leur façon véhiculant des informations fausses sur ces peuples et leur culture.

Des backpackers en mal de sensation venaient également faire du soi-disant volontariat dans des villages indigènes. Mais rebutés par la difficulté des travaux physiques à réaliser dans ces villages reculés, ils repartaient aussi vite qu’ils étaient arrivés sans avoir oublié ce pour quoi ils étaient venus : prendre des photos ou vidéos avec les indigènes bien entendu… pour pouvoir dire « j’y étais ».

Tous ces constats ont permis à la communauté de voir que le problème résidait dans le format de tourisme existant. Pour montrer que si on lui propose un tourisme différent, le voyageur peut comprendre et accepter de découvrir la culture indigène de façon respectueuse, ils ont donc décidé de créer une initiative propre à la communauté, impliquant ses membres pour assurer la prestation des services (guides, cuisine, entretien de chemins, hébergement, sécurité, etc.).

Ce projet a deux axes principaux, l’empowerment (réappropriation) territorial et culturel : ce sont eux mêmes qui amènent les voyageurs et leur assurent une bonne expérience, ce sont eux-mêmes qui parlent de leur culture et qui la partagent.

Venir à Seydukwa avec Sierraventur Travel est donc appuyer un projet de tourisme responsable où les membres de cette communauté sont les acteurs. Il s’agit d’une expérience directe entre le voyageur et la communauté, sans intermédiaires. Tous les bénéfices servent donc au projet et à la communauté.

L’idée de Sierraventur est d’offrir une expérience de partage et d’échange culturel et par ce biais, transmettre leur message de préservation de l’environnement.

Il s’agit d’un projet de tourisme raisonné, seulement 7 personnes par semaine sont admises dans la communauté afin de ne pas trop altérer leur équilibre.

Au coeur du monde, les indigènes Arhuacos

Tour Seydukwa avec Sierraventur Travel

visiter village indigene de la sierra nevada lors d'un voyage en colombie

Revenons sur le sentier de Seydukwa.

La marche est intense, mais le spectacle est au rendez-vous. De beaux points de vue sur le Rio Palomino viennent ponctuer des passages introspectifs dans une forêt dense et luxuriante. Nous sommes un peu à la traîne, nous avons tellement de questions qui nous brûlent les lèvres, et de souffle à reprendre aussi… il faut bien l’avouer ! 🙂 Isaïas est d’une patience infinie, il porte le sac d’Angélica, il attend, il marche à notre rythme, il répond aux questions auxquelles il peut répondre, gardant toujours cette part de mystère qui planera sur nous constamment pendant ces deux jours exceptionnels.

Isaïas est en cours de formation pour devenir Mamo. Comme pour tous les peuples de la Sierra, que ce soit les Koguis, les Wiwas, les Kankuamos, le Mamo est le personnage le plus important de la communauté Arhuaca. Il est le guide, le chef spirituel de la communauté. Devenir Mamo exige un apprentissage très profond de l’histoire du peuple arhuaco, des traditions, de la nature, des plantes, des animaux. Il faut plusieurs années de formation jusqu’au moment où le futur Mamo est prêt. Isaïas n’est qu’aux prémices de tout cela, et si son apprentissage auprès de son père, le Mamo de Seydukwa, est désormais en pause pour qu’il puisse vivre ses propres expériences de vie, devenir lui-même Mamo est bien la destinée qui lui est promise et dont il se revendique.

Nous arrivons finalement au but, Seydukwa, situé sur les rives du Rio Palomino. Avec la rivière devant nous, les enfants du village qui se baignent, le moment est particulier, quelque chose se passe de puissant en nous, une énergie, une prise de conscience, nous sommes sur le point de vivre une expérience privilégiée, nous sommes comme face à une porte d’entrée vers un univers parallèle avec le fleuve comme rituel de passage…

Plus que la rivière à traverser, sacs sur la tête pour les plus courageux, en bouée tirée par Isaïas pour les moins téméraires. Ici pas de jugement, tout est prévu pour rendre l’expérience accessible. Nous avons également droit à la baignade, le temps de reprendre nos esprits, laisser retomber l’effort de la marche et nous préparer à l’entrée dans le hameau, à la rencontre de la famille d’Isaïas et d’Adrian, la connexion totale avec la nature qui nous entoure.

Il est déjà tard, nous entrons dans Seydukwa. Des poules, des cochons noirs, quelques arbres abritant un banc de bois, et des maisons traditionnelles au toit de palme. Une des maisons est réservée à l’accueil des invités. Une pièce au sol en terre, des hamacs, même un lit et des couvertures pour ceux qui voudraient garder un semblant de confort à l’occidentale. Encore une fois, ici le but n’est pas de nous rendre la vie plus difficile que nécessaire, mais au contraire de nous accueillir avec le plus de bienveillance possible pour nous permettre d’être le plus disposés possible à l’expérience qui nous est proposée.

Adrian, que nous revoyons pour la première fois depuis notre discussion de la veille à Palomino, nous attend sur le banc sous l’arbre à palabre. Au centre du hameau, la cuisine et la salle à manger. Nous n’aurons pas le droit d’entrer dans la cuisine où la mère d’Isaïas et Seyani, la femme d’Adrian (la sœur d’Isaïas) préparent le repas. Nous nous présentons rapidement, avec timidité, et patientons aux côtés d’Adrian. Nous comprenons très vite l’incroyable chance que nous avons d’être là, mais également l’étrangeté de la situation tant la figure du touriste ne semble pas avoir sa place dans un tel environnement. Nous ressentons un mélange de curiosité, de volonté de savoir, de comprendre, d’entendre, associé à un sentiment « de ne pas vouloir déranger », une distance respectueuse, qui ne nous quittera pas des deux jours.

Il faut dire que le moment est particulier pour nous, mais également pour la communauté. Cela fait plusieurs jours que le Mamo et toute la communauté étaient dans un travail spirituel intense qui a nécessité de beaucoup d’énergie. La fin de ce travail marque un besoin de repos pour tout le monde et nous arrivons pile à ce moment où chacun a besoin de retrouver son intimité et son espace.

Notre premier repas marque le début de notre immersion dans la vie locale. Ici, au moment d’écrire ces lignes deux sentiments contradictoires s’opposent : l’envie de tout vous raconter et la nécessité de vous laisser découvrir et vivre cette expérience par vous-même. Mais puisque Adrian envoie le programme des deux jours à tous les participants, on va vous raconter un petit peu les activités proposées pendant deux jours à Seydukwa.

Nous allons découvrir ce qui fait le quotidien de la famille d’Adrian, des indigènes Arhuacos de la Sierra Nevada, proche de ce que peuvent vivre également les autres communautés Koguis, Wiwas, ou Kankuamos. Il s’agira de culture vivrière, de culture du cacao pour le commerce, de culture traditionnelle de l’Ayu (feuille de coca) et de sa signification, de travaux de constructions de maisons traditionnelles, de découverte du trapiche et de la fabrication de la panela, de l’utilisation du maguey pour fabriquer les mochilas, de baignades dans le Rio Palomino, de lieux de cérémonies et de travail spirituel, du rôle du Mamo et du fonctionnement du village, du nettoyage de l’âme dans une cascade sacrée, d’une vue inoubliable sur les sommets enneigés de la Sierra Nevada… et de discussions, de discussions, de discussions…

Nous n’aurons pas la chance d’échanger le soir avec le Mamo, pour les raisons évoquées plus haut, ni de recevoir la « aseguranza de la Sierra », la protection de la Sierra symbolisée par un bracelet avec une perle.

Mais lors de notre soirée à Seydukwa, faute de pouvoir parler avec le Mamo, nous avons longuement échangé avec Adrian sous un ciel constellé d’étoiles. Un moment propice à la réflexion, à l’introspection, ce qui nous différencie, ce qui nous lie, nos façons de vivre, de concevoir le monde, nos croyances, nos cultures… Nous avons pu en apprendre plus sur la cosmovision unique du peuple Arhuaco et plus largement des peuples indigènes de la Sierra Nevada.

Les indigènes Arhuacos, comme les autres communautés de la Sierra Nevada, ont une « cosmovision » unique en son genre, une croyance totalement tournée vers la nature et un mode de vie en lien et en respect total avec l’environnement qui les entourent.

Enfants de la Sierra Nevada, elle est pour eux l’origine du monde, le lieu d’où l’humanité est née. Ils sont nés pour être les gardiens de la Sierra Nevada et plus largement du monde. En ce sens ils sont les grands frères de l’humanité (Guia Jina) et nous sommes les petits frères (Juga Jina). Aujourd’hui ils en appellent à nous, les petits frères, l’humanité tout entière, car eux seuls ne peuvent pas protéger la planète si tous les hommes ne font pas le même effort.

Leur message est simple et limpide : « arrêtez de détruire notre terre », que ce soit la leur, mais plus largement la planète dans son ensemble.

De nombreux combats sont en cours pour récupérer des terres et agrandir la réserve indigène, lutter contre les projets de mines et d’industries polluantes dans la région, lutter pour la démilitarisation de leur territoire…

Sierraventur Travel fait sa part du travail de réappropriation de leur territoire en proposant un tourisme communautaire pensé, voulu et dirigé par les indigènes eux-mêmes et dont les bénéfices servent directement à la communauté.

Le lendemain matin ce sont les singes hurleurs que nous réveillent, nous nous levons au lever du soleil pour aller découvrir l’un des plus beaux spectacles que la nature puisse nous réserver. L’heure est matinale, mais c’est le prix à payer pour devancer l’arrivée des nuages et avoir peut-être la chance de découvrir les sommets enneigés de la Sierra Nevada. Le moment est tout simplement exceptionnel. Ici, à quelques kilomètres de la mer des Caraïbes, dans une des régions les plus chaudes de la planète, voir ces sommets enneigés à plus de 5000m d’altitude est une vision irréelle et bouleversante. Bouleversante, car venant marquer comme une empreinte dans l’âme la force de cette montage, comme une main qui viendrait serrer notre épaule, pour imprimer le message de la Sierra, le message des indigènes…

Aujourd’hui nous avons fait la promesse de partager ce message, un message que nous vous encourageons à venir découvrir dans la Sierra Nevada, mais pas n’importe comment, pas avec n’importe qui.

Faire appel à Sierraventur Travel, vous l’aurez compris, est la garantie d’un tourisme respectueux et bénéficiant directement aux peuples indigènes et aux paysans de la Sierra Nevada de Santa Marta.

Informations et réservations

Tour Seydukwa avec Sierraventur Travel

visiter village indigene de la sierra nevada lors d'un voyage en colombie

Comment y aller

Les départs pour le tour « Seydukwa » de Sierraventur Travel se font depuis Palomino.

Bus Santa Marta – Palomino : 10 000 pesos (≈ 2.7€) depuis le marché public.

Où loger à Palomino

On ne peut que vous recommander le petit hostal de Mme Luciana : L’Aluna hostal, que nous avons choisi pour rester à Palomino. L’ambiance et l’accueil chaleureux de Luciana vous feront sentir comme à la maison. Tout est propre et confortable.

Voir les tarifs de Aluna Hostal

Tarif du tour Seydukwa

1 pers. : 450 000 pesos / personne (≈ 119.5€)
2 pers. et plus : 350 000 pesos / personne (≈ 93.0€)

Ce prix inclut : L’alimentation, les activités, l’accompagnement permanent du guide local et les explications sur la culture et les traditions, le permis pour rentrer à la communauté indigène, l’apport à la communauté et l’assurance pendant les 2 jours.

ATTENTION

Il n’y a pas de distributeurs de billet à Palomino, alors prévoyez le coup avant d’arriver !

Traducteur franco-espagnol : si vous ne parlez pas du tout espagnol, mais que vous souhaitez faire ce tour, il est possible d’ajouter le service d’un traducteur qui vous accompagnera durant la totalité du tour pour vous aider à communiquer avec la communauté. Ce service est additionnel et est facturé 150 000 pesos (≈ 39.8€) par jour.

Contacts et Réservation

Grâce à ce formulaire, vous entrez en contact direct avec Adrian de Sierraventur Travel. Adrian ne parle pas le français. Une fois le premier contact établi Adrian vous demandera de remplir un document en espagnol pour valider votre réservation.

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    Distributeurs de billet

    Il n'y a pas de distributeurs de billet à Palomino, prévoyez le coup avant d'arriver !

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Un article écrit avec amour par

Samuel | Mon voyage en Colombie

Musicien de formation, j'ai passé le plus clair de mon temps sur les routes. Celles-ci m'ont conduit en 2013 dans un pays dont je suis tombé amoureux : la Colombie ! Un peu geek, un peu photographe, un peu littéraire, je ne pouvais que devenir blogueur voyage ! Depuis 2015, j'écris chez "Les vents nous portent", blog de voyage généraliste où j'évoque mes différents voyages à travers le monde. C'est donc tout naturellement que nous avons créé "Mon voyage en Colombie" avec Angélica ! Suite logique de notre histoire d'amour... avec ce pays !